Les faits sont connus. The Rocky Horror Picture Show, comédie musicale et pastiche des films de genre, est un échec commercial à sa sortie en 1975. Rediffusé dans les séances de minuit, il s'attire pourtant un noyau d'adeptes qui connaissent les dialogues par coeur, ajoutent des répliques dans les moments de silence, arrivent grimés à la projection et se dotent d'accessoires à lancer dans la salle, selon un rituel précis. Un culte naît qui assure à cet étrange objet cinématographique une incroyable longévité, puisqu'il est diffusé dans certaines salles depuis plus de trente-cinq ans.

C'est peu dire que les spectateurs du NIFFF ont joué le jeu. À l'entrée de la salle, un panneau annonce très sérieusement qu'il est interdit de lancer des oeufs, des tomates ou de l'eau. Chaque participant reçoit en revanche du papier toilette, des gants en plastique, un sifflet de fête et un chapeau pointu. De nombreux fans ont apporté, en outre, des sacs de riz, des toasts et des cartes à jouer; certains se sont déguisés. Pendant la projection, toutes les munitions volent tour à tour à travers la salle. Le public crie, chante et se trémousse. Une troupe de comédiens rejoue les scènes en direct, sous l'écran, tandis qu'un guitariste accompagne les chansons. Alors tant pis si on n'entend pas les dialogues et si on ne comprend rien à l'intrigue: le véritable spectacle est dans la salle.
The Rocky Horror Picture Show est une précieuse relique: jamais le cinéma n'a été si proche de ses origines foraines et populaires. Aujourd'hui, cela demeure exceptionnel de voir les spectateurs réagir pendant un film, et être encouragés à le faire. Or le public d'un festival pointu comme NIFFF n'est pas seulement constitué de cinéphiles coincés; il inclut de nombreux spectateurs qui ont l'intention ferme de passer une bonne soirée et de transgresser l'habitus bourgeois des projections normales où le silence respectueux est la règle d'or.



