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"Les Vivants Pleurent Aussi" de Basil Da Cunha

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Rêver d’un ailleurs, d’un meilleur. Zé est un docker lisboète, il n’est pas un érudit, il est même plutôt ce que l’on appellerait « un homme simple ». Simple d’esprit ? C’est un jugement que se garde bien de faire le dernier film de Basil Da Cunha, jeune réalisateur romand originaire du Portugal. Toutefois sa démarche est un peu compliquée à cerner. Il n’est pas évident de savoir s’il veut nous présenter ce qui serait d’après lui une dure réalité sociale qu’il connaît sincèrement, s’il met en scène un prolétariat plus « fantasmé » que véridique ou si le jeune cinéaste s’empare simplement de manière opportuniste d’une thématique au fort potentiel narratif et émotionnel. Nous ne ferons cependant pas de procès d’intentions et c’est sans doute sa filmographie à venir qui pourra le mieux y répondre. D'autant que ce court-métrage sera l'unique représentant helvétique cette année à Cannes. En effet, après Nuvem - le poisson lune en 2011, il sera présent pour la deuxième fois de sa jeune carrière à la Quinzaine des Réalisateurs. Star montante qu'on vous dit !

 D’ici là, Zé travaille donc au milieu des conteneurs, dans le port de la capitale. Il traverse la vie avec un but simple : partir. Son Eldorado ? La Suède. Ce qu’il connaît de ce pays ? A vrai dire pas grand chose. Probablement n’a-t-il même jamais entendu parler d’Ikea. Qu’importe les motivations, il faut s’en aller, fuir sa condition. Il faut bien le dire, on ne sait même pas vraiment ce à quoi il tente d’échapper, sa culture, sa misère sociale, humaine ? Tout cela à la fois ?

 En revanche on sait que son esprit est ailleurs. Au contraire de son corps travaillé par les années et bien ancré dans la réalité, ses pensées divaguent en regardant la mer. Le cadre portuaire, souvent utilisé pour des films à caractères sociaux (à moins que faire un film dans un port impose de facto un aspect social), est tout à fait propice à cette dichotomie. A l’instar de films aussi variés que Sur les Quais de Elia Kazan, certains Kaurismaki comme le Havre ou le très beau documentaire génois de Pietro Marcello, la Bocca del Lupo (la liste peut être encore très longue), filmer les docks permet de confronter des êtres prisonniers d’un lieu, à un passage, un ballet permanent de personnages venant des quatre coins du monde et transportant avec eux les plus belles histoires.

 Du coup, Zé économise pour se payer le voyage vers ce pays qui aurait pu être n’importe lequel, pourvu qu’on y soit riche. Malheureusement il découvre que sa femme a tout dépensé. Pour une machine à laver. S’en est trop. Le docker fera tout pour arriver à ses fins en écartant tout obstacle sur son chemin, même la réalité.

 Ainsi, un peu à l’image d’un Kusturica dans à peu près tous ses films, Da Cunha se permet des envolées poétiques surprenantes, en totale opposition avec une situation sociale morose et plombante. Tel un poisson volant vers les cieux dans la scène finale de Arizona Dream, c’est une réalité trop contraignante que le film, autant que le personnage de Zé, tentent de fuir. Quitter son divan pour devenir un vivant, quitte à en pleurer.

Par Elie Aufseesser – le Mardi 8 Mai 2012
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