Depuis deux ans, la 3D a connu une ascension fulgurante, obligeant la majorité des salles à adapter au plus vite leurs équipements. La faute à James Cameron et son Avatar donc (image ci-contre), qu’il faut considérer bien plus comme une réussite marketing qu’une révolution technologique. De fait, la 3D existait bien avant lui et l’idée d’une représentation en relief titillait certainement déjà les inventeurs du cinéma. Cameron n’a donc rien inventé, mais au moins a-t-il eu le mérite d’user de son influence pour créer l’événement (le plus grand succès commercial de tous les temps) qui a permis de convertir tout Hollywood, comme une nouvelle religion économique.Alors quels films retenir depuis cet événement ? Il y a eu Toy Story 3, animation réussie, mais qui doit surtout son succès à son concept de base davantage qu’à la 3D ; Alice au pays des merveilles, totalement porté par le duo Tim Burton-Johnny Depp ; et encore Kung-Fu Panda 2, Princesse Raiponce, Harry Potter et les reliques de la mort, Pirates des caraïbes et la fontaine de jouvence, etc. Bref, que des superproductions américaines, que des succès commerciaux et que des films entre 135 et 260 millions de dollars de budget. Mais ce n’est pas tout ! la 3D a aussi donné naissance à des films relativement plus modestes (moins de 40 mios de dollars) : Saw 3D, Piranha 3D, Destination finale 5 (qui sort cette semaine), et prochainement Shark Night 3D. Point commun entre ces films ? Le gore, le dégoûtant et l’effrayant, en résumé un genre de films qui cherche à faire frissonner les spectateurs par la primauté de l’image, au détriment du scénario, du jeu d’acteur, du montage et de la mise en scène ; un genre qui est un des archétypes du cinéma hollywoodien actuel, stérilisé par les exigences économiques.
En conclusion, hormis quelques blockbusters très chers, la 3D trouve surtout du rebond dans l’animation, le cinéma gore et le film d’horreur. Mais si la 3D est vraiment l’avenir du cinéma, à quand un film d’auteur en 3D ? Ou plutôt, à quand un 3D d’auteur ? Car, si la 3D n’a toujours pas convaincu, c’est certainement parce qu’elle est une contrainte commerciale davantage qu’un atout artistique, et que les cinéastes qui usent de la 3D sont malheureusement dépendants des maisons de production hollywoodiennes davantage que des artistes libres. Pour que le cinéma en relief devienne un genre à part entière, pour qu’il crée sa propre identité indépendamment d’un genre et pour qu’il devienne lui-même une composante artistique et pas uniquement commerciale, il faudra le mettre aux mains de cinéastes indépendants. Mais la technologie reste pour l’instant trop chère et exigeante pour que ce soit le cas. Peut-être en
prend-on le chemin avec le prochain événement 3D, qui n’est autre que le Tintin de Spielberg et Jackson (image ci-contre), l’un des plus gros projet de ces derniers temps, dont le budget estimé (135 mios de dollars selon l'hebdomadaire Variety) paraît étonnamment bas. C’est près de la moitié moins que Avatar ou le dernier Pirates des Caraïbes et même moins cher que Toy Story 3 ou Kung-Fu Panda 2. Mais pour l'heure, Hollywood ne semble pas disposé à lâcher sa mainmise sur le relief ni à le confier à des cinéastes d'avenir, puisqu'au début de l'année prochaine, ce sont deux monuments commerciaux incontournables du septième art qui vont être réédités en 3D : Titanic (encore James Cameron, 1997) et Star Wars I : la menace fantôme (George Lucas, 1999). Ce sera d'ailleurs un bon moyen de mesurer le véritable apport de la 3D dans l'expérience cinématographique avec des films qui n'ont pas été réalisés dans cette optique.Bien sûr, au-delà du simple argument marketing, il faut avouer que la 3D est un instrument rêvé pour les cinéastes de films d’horreur (genre qui n’a toutefois jamais donné ses belles lettres à l'art cinématographique), où tous les prétextes sont bons pour donner l’effet de projeter des objets à la figure du spectateur qui ne peut s’empêcher de sursauter. Ce même spectateur qui se fend d’un sourire condescendant lorsqu’on lui conte la réaction du public lors de la première projection de L’arrivée du train en gare de la Ciotat (1896). Comme quoi, finalement, plus d’un siècle plus tard, les choses ne sont pas tellement différentes. Pas sûr toutefois que l’avenir de la 3D soit le même qu’a été celui du cinéma depuis les frères Lumière.
La 3D préoccupe la rédaction de Cinema.ch. A voir sur le sujet :
L’épreuve artistique de la 3D (Thimotée Léchot)
Où va le cinéma 3D ? (Nicolas Wittwer)
La 3D en perte de vitesse ? (Antoine Gallay)




