<Zurich Film Festival
Sorties et actualités Cinema sur cinema.ch Cinéma à Lausanne et Genève

Publicité

J.-C. Brialy : Une carrière prolifique

· Avec la disparition de Jean-Claude Brialy, le cinéma français perd une nouvelle figure emblématique, un monstre sacré du Septième art. Passionné par son travail et par les artistes que le destin plaça sur sa route, l’acteur multiplia les rôles sur scène et à l’écran. Avec son talent de se rendre populaire sans jouer les divas ni perdre l’estime de la profession, Brialy sut parfaitement traverser les époques, les mentalités et les styles, tout en conservant une élégance intacte.

Né le 30 mars 1933 à Aumale en Algérie, Jean-Claude Brialy vit ses premières années au rythme des mutations de son colonel de père. Malgré des conditions difficiles, il réussit une scolarité exemplaire et passe son baccalauréat. Très vite attiré par la scène, il s'inscrit d'abord au Conservatoire de Strasbourg, où il obtient un premier prix de comédie, puis au Centre d'art dramatique de l'Est. En service militaire à Baden-Baden, il est affecté au service cinéma des armées, qui lui donne entre autres l'occasion de tourner dans son premier court métrage "Chiffonard et Bon Aloi". Il sympathise à cette époque avec plusieurs comédiens en tournée théâtrale, dont Jean Marais, qui l'encouragent dans sa vocation.

C’est en 1954 que Jean-Claude Brialy débarque à Paris. Très vite, il se met à fréquenter "La Bande" des Cahiers du Cinéma. C'est Jacques Rivette qui l’engage le premier dans son court métrage "Le Coup du berger" en 1956. Présent dans plusieurs sphères du cinéma français de l’époque, Brialy tourne la même année dans "L’Ami de la famille" de Jacques Pinoteau, « mon premier vrai rôle » avait-il l’habitude de déclarer, et "Elena et les hommes" de Jean Renoir. En 1957, il multiplie les petits rôles, notamment dans "Les amants" et "Ascenseur pour l'échafaud" de Louis Malle.
La célébrité arrive en 1958 avec les deux premiers films de Claude Chabrol : "Le Beau Serge" et "Les Cousins" révèlent un acteur désinvolte et racé, qui emporte l'adhésion du public. Dès lors, la Nouvelle Vague ne le lâche plus et Brialy en devient le comédien emblématique. Entre 1957 et 1969, l’acteur tourne aussi bien avec Jean-Luc Godard (les courts "Une histoire d’eau" et "Tous les garçons s’appellent Patrick" en 57 et 58, puis "Une femme est une femme" en 61) que François Truffaut (une apparition dans "Les Quatre cents coups" en 59, puis "La Mariée était en noir" en 67), Jacques Rivette ("Paris nous appartient" en 61), Eric Rohmer ("Le Genou de Claire" en 69), Pierre Kast ("Le bel âge" en 59), Jacques Rozier ("Adieu Philippine" en 63) et Jacques Doniol-Valcroze ("Les Surmenés" en 60). Il retrouve Chabrol en 61 avec "Les Godelureaux", en 62 avec "Les Sept Péchés capitaux", et en 86 avec "Inspecteur Lavardin".

Jean-Claude Brialy bénéficie également d'une place privilégiée dans l’oeuvre d’Agnès Varda ("Les Fiancés du pont Mac Donald" en 61, "Cléo de 5 à 7" en 62 et "Les Cent et une nuits" en 95), de Philippe de Broca ("Un Monsieur de compagnie" en 64, "Le Roi de coeur" en 66 et "Julie pot de colle" en 77) et de Claude Lelouch ("Robert et Robert" en 78, "Les Uns et les autres" en 81, "Edith et Marcel" en 83 et "Un Homme et une femme : vingt ans déjà" en 86).

Touche à tout, le comédien tourne également avec Henri Verneuil ("Les Lions sont lâchés" en 61), Julien Duvivier ("La Chambre ardente" et "Le Diable et les dix Commandements" en 62), Jean Girault ("Les Veinards" en 62, et "L'Année sainte" en 76), Roger Vadim ("Un Château en Suède", en 63), Claude Autant-Lara ("Le Plus vieux métier du monde" en 67), Costa-Gavras ("Un Homme de trop" en 67), André Téchiné ("Barocco" en 76, et "Les Innocents" en 87, avec à la clé le César du Meilleur second rôle), Bertrand Tavernier ("Le Juge et l'Assassin" en 76), Claude Miller ("Mortelle randonnée" en 83, et "L'Effrontée" en 85), Patrice Chéreau ("La Reine Margot" en 94) et Régis Wargnier ("Une femme française" en 95).

Malgré une réputation d’homme hautain et exigent, Jean-Claude Brialy ne méprise aucunement le cinéma le plus populaire (il joue pour Gérard Oury dans "Lévy et Goliath" en 87, et pour Claude Zidi dans "Ripoux contre ripoux" en 90).

La carrière de l’acteur est également marquée par plusieurs participations sous la direction de grands metteurs en scène européens : Roberto Rossellini, dans "Vanina Vanini" en 1961 ; Luis Buñuel, dans "Le Fantôme de la liberté" en 1974 ; et Ettore Scola, dans "La Nuit de Varennes" en 1982, et "Concurrence déloyale" en 2001.

Boulimique de travail, le comédien joue dans plusieurs films par an, entre deux pièces de théâtre, et passe à la réalisation en 1971 avec "Eglantine". Il tourne aussi pour la télévision "Les malheurs de Sophie" et "Un bon petit diable".
Ecrivain à ses heures, Jean-Claude Brialy connaît un grand succès littéraire avec les deux ouvrages consacrés à ses mémoires : "Le Ruisseau des Singes" et "J'ai oublié de vous dire...".

Pour des raisons de santé, Jean-Claude Brialy se fit plus rare ces dix dernières années (il avait participé à une dernière production pour la télévision en 2006, avec "Monsieur Max" de Gabriel Aghion). Son dernier film marquant restera peut-être "Les Acteurs" de Bertrand Blier (2000), où il interprète son propre rôle : au milieu d’une myriade de comédiens de renom, Brialy illumine ses scènes par une profonde gravité et une sensibilité intacte.

Par Baptiste Ruedin – le Jeudi 31 Mai 2007
Vous appréciez cet article, aidez-nous à le promouvoir: