Depuis Avatar de James Cameron (2009), l’élan des productions 3D n’a pas régressé. Au contraire, la question aujourd’hui n’est plus de se
demander si ce phénomène va perdurer, mais de quelle manière il va évoluer. Au regard des films sortis ces dernières années, plusieurs tendances semblent se dégager. Thématiquement, les films présentent des similitudes notables. De même qu’au niveau technique, chacun déclare tenter l’innovation. A l’ère du cinéma numérique et des nouvelles technologies de production et de diffusion, les recherches esthétiques sur l’utilisation du dispositif 3D sont ainsi au centre des préoccupations.
Toutefois, le chemin, aussi encourageant et passionnant soit-il, semble encore long avant de voir se profiler une réponse à la hauteur des espérances.
demander si ce phénomène va perdurer, mais de quelle manière il va évoluer. Au regard des films sortis ces dernières années, plusieurs tendances semblent se dégager. Thématiquement, les films présentent des similitudes notables. De même qu’au niveau technique, chacun déclare tenter l’innovation. A l’ère du cinéma numérique et des nouvelles technologies de production et de diffusion, les recherches esthétiques sur l’utilisation du dispositif 3D sont ainsi au centre des préoccupations. Toutefois, le chemin, aussi encourageant et passionnant soit-il, semble encore long avant de voir se profiler une réponse à la hauteur des espérances.
La découverte du monde 3D
Que rapproche Avatar (James Cameron, 2009), Alice au pays des merveilles (Tim Burton, 2009), Tron Legacy (Joseph Kosinski, 2010) ou encore Le Voyage de Gulliver (Rob Letterman, 2010) ? Tous ces films, parmi d’autres, ont été produits et vendus en vue d’une exploitation en 3D et sous l’argument de cette technique spécifique. Simple constat, le recours à la trois dimension profite à une trame narrative sensiblement similaire : celle de la découverte d’un monde inédit ou fascinant, qui est toujours facilitée de surcroît par un personnage favorisant l’immersion du spectateur. Que ce soit la nature idéale de Pandora, le monde imaginaire d’Alice ou encore le monde hypothétique de Tron, les notions de découverte et d’émerveillement d’un monde original – voire originel -, apparaissent comme les éléments centraux des films et comme de sérieux arguments de vente. Comment saisir cette tendance particulière et la comprendre en lien avec la technologie commune qui l’abrite ?
L’une des explications envisageables pour analyser cette caractéristique serait à examiner davantage au niveau économique que technique. Le film de James Cameron se présentait en effet comme une œuvre innovante et révolutionnaire sur le plan visuel. Si le film possède des qualités indéniables, force est de constater que les impératifs économiques ne permettaient pas une prise de risque visant à redéfinir un certain langage cinématographique (avec le danger ce faisant de contrarier une grande
partie du public). Le spectacle visuel de Pandora tient alors plus à l’imagination du cinéaste et à la réalisation technique bluffante plutôt qu’à sa présentation en 3D et à un quelconque renouveau dans la façon de mettre en scène. En ce sens, trop d’implications économiques étaient en jeu pour risquer une innovation expressive. Les nombreux spectateurs n’ont pas pour autant été totalement floués par les promesses de ce film-événement : l’utilisation et la légitimisation de la 3D pour Avatar se situent dans la représentation d’un monde inédit, original, autonome. L’idée de la découverte de Pandora se présente alors comme le support de la 3D, renversant ainsi le dispositif : le monde du film se situe comme le prétexte au recours de la 3D, plus que celle-ci ajoute en spectacularité. Ce phénomène est par ailleurs observable dans d’autres productions américaines. Dans le récent Tron Legacy, le monde virtuel, d’ailleurs tout autant autonome que le Pandora d’Avatar, profite d’une représentation en 3D, tandis que le monde réel a lui été tourné et est présenté en 2D. Le dispositif 3D prend ainsi une dimension énonciative supplémentaire, puisqu’il agit directement sur la représentation filmique du monde virtuel. L’interaction entre le monde du film à découvrir et la technique 3D se voit ici clairement affichée. Toutefois, en dépit de l’interrogation du dispositif qui a été menée à travers cette réalisation, la différence d’appréciation visuelle entre les deux représentations
n’est que peu considérable. Dans Le voyage de Gulliver, le recours à la 3D, bien qu’invisible durant tout le film, n’est légitimé que par l’existence du monde lilliputien qu’on est amené à découvrir en même temps que le personnage. Le film est alors présenté en 3D pour la simple et seule raison que la trame narrative se prête à ce dispositif de représentation : un homme ordinaire découvre un monde insoupçonnable. Bien que la découverte de ce monde s’arrête au script, tant il devient vite transparent dans le film, le dispositif 3D repose une fois encore sur une idée d’un monde à découvrir et sur l’attraction et la curiosité qu’il génère.
Public lassé ?
Y aurait-il donc un parallèle à faire entre une prise de risque économique et le contenu narratif d’un film ? A en croire ces quelques productions, la réponse paraît positive : on ne peut se permettre de totalement bouleverser l’expression artistique communément acceptée, si tant est bien sûr que cette intention était revendiquée. La trame narrative de la découverte d’un monde nouveau apparaît alors comme un support et un prétexte à la 3D et comme une alternative à toute tentative d’expression nouvelle. L’alchimie entre la découverte du médium lui-même (les effets de la 3D) et la thématique de la découverte semble pour l’instant suffire au public. Mais pendant combien de temps encore va-t-il se satisfaire d’une « 3D prétexte », dont l’effort paraît trop contraignant (prix, confort visuel, port de lunettes) pour la plus-value relative par rapport aux projections traditionnelles ? (A ce sujet, retrouvez aussi l’article d’Antoine Gallay à l’adresse http://www.cinema.ch/fr/news/la-3d-en-perte-de-vitesse3f.950)
Qu’en est-il alors des œuvres 3D dites
artistiques, vues principalement lors des festivals et rendez-vous artistiques, plus susceptibles peut-être d’expérimentations ? Les essais de Werner Herzog (Cave of Forgotten Dreams), de Wim Wenders (Pina) présentés à Toronto et à la dernière Berlinale (voir http://www.cinema.ch/fr/news/lepreuve-artistique-de-la-3d.1063) ou, en Suisse, des frères Guillaume (Trio du fantôme, réalisé dans le cadre de groupe de recherche Ciné3D) témoignent bien de la volonté d’interroger le potentiel artistique et expressif du nouveau dispositif. La question n’est donc pas d’exploiter une certaine forme d’attraction ou de coupler la trame narrative à un support, mais de réfléchir à un nouveau langage, à une nouvelle définition. Combien même la réflexion est menée de toutes parts, la concrétisation de cette définition n’a pas encore convaincu, de même que la portée artistique, pourtant fortement présente dans les idées et projets, semble encore à découvrir empiriquement. L’exercice est non moins passionnant qu’il en est à son balbutiement et que nous avons l’opportunité d’assister à son entière évolution. Où va le cinéma 3D ?
Dans quelle direction se dirigent alors les productions en 3D et dans quelle mesure cette réflexion sur ce dispositif va-t-elle aboutir à une nouvelle forme de représentation ou d’expression ? Les blockbusters semblent profiter de la 3D – ou de la fascination pour la 3D - comme gage de spectacularité ; les studios d’animation en font une sorte de plus-value à leur réalisation ; les essais artistiques paraissent être aux balbutiements et ont davantage le danger d’une certaine marginalité : A qui la première prise de risque considérable ? Pour l’heure, aucune tentative ne se dégage véritablement du lot en ayant présenté une expression singulière, indépendamment de toutes les volontés et intentions. Alors même que les potentialités expressives semblent infinies pour chaque domaine de production, les essais n’ont jusqu’à maintenant ni vraiment surpris, ni vraiment interpellé. Peut-être faut-il aussi comprendre ce manque de prise de risque en relation avec les constantes évolutions techniques dont fait l’objet le milieu audiovisuel et numérique. Comment en effet gérer les impératifs et les investissements économiques importants que représente la production d’une œuvre audiovisuelle, tant que subsiste l’incertitude de la pérennité de telle ou telle technologie ? Pourquoi risquer une expérimentation visuelle, si la portée et les répercussions de celle-ci ne sont pas assurées ?
Un rôle du non-film ?
Il ne serait dès lors pas étonnant d’assister à des véritables avancées visuelles dans le non-film, aidé par les nouvelles formes de diffusion numérique. Gageons que la « prise de risque » qui offrira une expression singulière vis-à-vis de la projection en 3D arrivera à travers les retransmissions sportives sur grand écran, les retransmissions d’opéras de renommée internationale diffusés dans les salles, ou encore dans les jeux vidéos, le home video ou l’high-tech. Dégagés de modes de représentations institutionnalisés et cherchant à s’établir dans les nouvelles habitudes de consommation, ces médiums donnent l’impression d’être les plus enclins à une expérimentation technique ou expressive. La 3D pourrait offrir à une retransmission sportive ou musicale une sorte de nouvel espace, où d’autres éléments pourraient s’y greffer : l’innovation visuelle irait de pair à une expérimentation sonore ou à une interaction nouvelle avec le public.
Regard vers l'avenir
Ces questionnements sont aujourd’hui
au centre des préoccupations, dessinant aussi le futur de l’exploitation numérique et du développement technologique, et définissant peut-être de nouvelles expressions, au-delà même du cinéma. Tandis qu’Alice au pays s’émerveille, il s’agit pour l’heure de prêter toute notre attention à ce passionnant et complexe développement esthétique et technique et à toutes les tentatives pouvant amener une avancée dans cette direction. A commencer avec les sorties prochaines de L’invention de Hugo Cabret de Martin Scorsese, attendu au tournant pour avoir déclaré que la 3D pouvait apporter une nouvelle façon de raconter des histoires, et de Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne de Steven Spielberg, deux films à l’ambition revendiquée, sans pour autant perdre de vues les productions alternatives.
A voir sur ce sujet :
- La 3D en perte de vitesse ? http://www.cinema.ch/fr/news/la-3d-en-perte-de-vitesse3f.9500
- L’épreuve artistique de la 3D http://www.cinema.ch/fr/news/lepreuve-artistique-de-la-3d.1063




