· L’attention des amateurs de science-fiction mérite d’être attirée sur le film Moon du réalisateur britannique Duncan Jones. Fils de David Bowie – qui n’est pas seulement un rockeur célèbre mais encore un acteur très présent au cinéma –, Duncan Jones inaugure à presque quarante ans une carrière de réalisateur avec un premier long métrage qui a charmé les critiques (89% d’avis positifs sur « Rotten Tomatoes »), les festivals anglais (BAFTA Awards, British Independant Film Awards) et les festivals de science-fiction (Fantastic’Arts, Hugo Awards). Projeté depuis plusieurs mois au Royaume-Uni et depuis plus d’un an aux États-Unis, il sera visible prochainement (dès le 12 mai) dans nos salles romandes. C’est juste le temps qu’il faut pour prendre connaissance du dossier !
Sur une base lunaire, dans un futur proche, Sam Bell contrôle la moisson automatisée d’hélium 3, la principale ressource énergétique utilisée sur Terre. Seul et mélancolique, il attend courageusement la fin de sa mission pour retrouver sa femme et sa petite fille. Mais voilà que, ayant perdu connaissance à la suite d’un accident de travail, il se réveille auprès de son propre clone. Les deux hommes cherchent alors à comprendre comment leur employeur terrien les manipule à distance.
Moon est écrit pour l’unique et performant acteur Sam Rockwell (La Ligne verte, Confessions d’un homme dangereux, Frost/Nixon), qui cumule les interprétations du héros et de son double. Mais il s’agit surtout d’une réflexion sur le genre cinématographique de la science-fiction, devenu aujourd’hui frivole selon le réalisateur. Celui-ci cherche d’ailleurs à retrouver l’imaginaire futuriste des années 1970 et 1980, l’époque de Blade runner, d’Alien et d’Outland. Il en résulte une atmosphère désuète et nostalgique qui colle avec la profonde mélancolie du personnage exilé sur la Lune.
Moon a encore l’intérêt de s’attaquer à une forme exigeante de science-fiction : la « hard science-fiction », dont les inventions scientifiques et technologiques s’efforcent de rester dans le domaine du possible. L’hélium 3 thématisé dans le film, rare sur Terre et présent sur la Lune, possède des propriétés réelles dans le processus de fusion nucléaire. Duncan Jones ne choque donc pas la vraisemblance scientifique en lui donnant un rôle dans la production de nouvelles formes d’énergie.
Moon le démontre : on peut réaliser de la science-fiction avec un petit budget, un seul acteur et peu d’effets spéciaux, c’est-à-dire avec seulement des idées et une vive intelligence du genre ! Mais cette science-fiction à contre-courant regarde moins vers l’avenir que vers un passé glorieux et révolu.
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