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La 3D en perte de vitesse?

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Un récent article de The Wrap tente de prouver, chiffres à l'appui, le désintérêt progressif qu'éprouvent les spectateurs américains pour la 3D. L'étude prête à sourire par son manque de rigueur: absence de certains films notables (Alice au Pays des Merveilles, Le Choc des Titans) ; omission du contexte dans lequel sort chacun des films, des moyens publicitaires mis en oeuvre, etc.
 
Il n'en reste pas moins que la question mérite d'être posée. Après s'être bêtement émerveillée devant la 3D d'Avatar, la critique s'est acharnée sur toute utilisation de celle-ci. On a notamment pu lire   dans Guide Loisirs une appréciation d'Alice au Pays des Merveilles qui s'appliquait uniquement à la version 2D ; la version 3D, jugée carrément mauvaise, était rejetée. Réaction évidente : la qualité d'Avatar est fondée sur la 3D ; les défauts d'Alice au Pays des Merveilles résultent de la 3D. Par la suite, la critique considère le relief comme purement technique, sans intérêt esthétique, incapable de contribuer au spectacle cinématographique.
 
Parmi les avis de spectateurs récoltés sur Internet, nombre d'entre eux s'avèrent plutôt négatifs. Les critiques les plus courantes portent sur l'augmentation importante du coût des billets (entre 10 et 25%), la gêne causée par les lunettes, l'inconfort visuel (maux de têtes après la séance). Plus rarement on se plaint de la mauvaise qualité de l'image (baisse de luminosité, réduction de la gamme de couleurs) en particulier lors d'une conversion 3D en postproduction (ainsi le lamentable Choc des Titans). Ce dernier problème semble également préoccuper les professionnels de la branche. Ainsi le réalisateur Christopher Nolan aurait refusé de tourner son dernier film, Inception, en 3D pour des raisons de manque de luminosité : « A un niveau technique, c’est fascinant, mais à un niveau expérimental, je trouve l’obscurité de l’image extrêmement aliénante ». Qu’en est-il concrètement ? La 2D traditionnelle est projetée à une intensité de 14 à 16 ft-L (foot-lambert). Or, au mieux, la 3D peut conserver le tiers de luminosité, soit environ 5 ft-L. Au pire, elle peut en perdre plus de 80 % ! D’après Lenny Lipton, l’un des pionniers de la 3D : « 14 ft-L permet une image décente. La moitié, ça va encore. Mais le tiers, vous commencez à être effrayé. Et quand vous descendez en dessous de 3 ft-L, vous commencez à perdre votre vision des couleurs, et les images sont épouvantables ». Les causes d’une telle diminution sont parfaitement logiques. Le système de projection 3D nécessite deux images polarisées perpendiculairement l’une à l’autre qui, chez le spectateur muni de lunettes adéquates, passent au travers de deux filtres polarisants correspondant à l’image supposée vue par chacun des yeux. Certains projecteurs diffusent ces deux images en alternance rapide (Texas Instruments) ; d’autres les projettent simultanément (notamment Sony). Dans les deux cas, il résulte de la division de l’image, une intensité de moitié réduite : « Vous perdez la moitié de votre lumière, nous dit Lipton, parce qu’une moitié va dans un œil, une autre dans l’autre œil ». En outre, les verres polarisants des lunettes réduisent également de moitié – encore que cela dépende du modèle – l’intensité du flux lumineux qui lui correspond. En conséquence, le spectateur ne perçoit en moyenne que 25 % de la lumière émise.
 
La solution est pourtant simple : augmenter l’intensité du projecteur. C’est sur quoi planche Lipton dans le projet Oculus3D qui permettrait vraisemblablement une luminosité deux à trois fois plus élevée, tandis qu’IMAX annonce son investissement dans une technologie d’origine militaire, les Laser Light Engines, qui promet un dispositif de trois à cinq fois plus lumineux. « Tout peut être résolu, affirme Lipton, la technologie est là ».
 
La correction des imperfections techniques suffira-t-elle à réconcilier les spectateurs avec les films en 3D ? C’est fort possible. Le confort visuel serait certainement accru du fait d’une plus grande luminosité. L’investissement au niveau de la production et de l’exploitation se réduirait – le projet Oculus3D vise également à proposer une baisse de coût considérable en préférant au format numérique le 35 mm standard. Ainsi, la 3D s’étendrait de manière hégémonique, reléguant progressivement les films 2D dans les plus petites salles. Et Lipton l’affirme, le futur cinéma est en 3D : « Les gens ne veulent pas l’admettre, mais c’est complètement fini pour le cinéma 2D ». Et quelle est la raison d’une telle certitude ? L’argent, c’est évident. « Les hommes d’affaires du divertissement ont toujours saisis les ‘‘nouvelles modalités’’ qui leur permettaient d’augmenter les prix ». On le croit volontiers. Lipton poursuit son argumentation en affirmant le caractère intrinsèque de la 3D à tous mediums visuels, et en conclut une forme de nécessité historique de la 3D.
 
On touche alors à un autre domaine, celui de l’esthétique. Or, certains commentaires sont à cet égard intéressants. On peut notamment lire que la 3D, en outre d’être fréquemment qualifiée d’inutile, « détourne du sujet du film », « tue la dynamique de la mise en scène » ou encore est réduit à une pure « attraction » qui serait déliée du film en tant que tel. Ainsi, pour une certaine conception du cinéma – dans laquelle l’histoire prime sur le spectacle –, la 3D s’avère incapable à contribuer à la qualité du film, qualité perçue comme essentiellement narrative. Elle est dévalorisée, considérée comme un simple outil technique – dont la seule propriété est d’engendrer des coûts plus élevés. Cependant, pour la plus grande majorité des spectateurs, chez lesquels la distinction entre histoire et spectacle ne semble pas prise en considération, l’aspect attractionnel prime sur la narration – ce qui est confirmé par la majorité des blockbusters, non plus des thrillers ou des intrigues policières complexes, mais des films d’action, fantastiques, à grand spectacle. La 3D apparaîtrait alors légitimement comme un supplément de qualité. Mais ici encore, on peut observer des critiques du même ordre, dans lesquelles la 3D n’apporte aucune différence avec la 2D.
 
D’une part, on note l’incapacité de la 3D à servir de moyen narratif, et d’autre part on considère sa précarité en tant que moyen attractionnel. Ce qui apparaît manifestement, c’est l’incapacité des réalisateurs actuels à utiliser – ne serait-ce qu’une petite part – des potentialités expressives de la 3D. Toute technique nécessite une utilisation consciente des divers possibilités du médium, et en particulier celles qui lui sont spécifiques – et qu’en conséquence nulle autre technique ne peut proposer ou remplacer. Osons espérer que d’ici à quelques années, des réalisateurs pas trop abrutis pourront s’emparer de la 3D pour en produire une véritable ‘‘poétique’’ et réjouissons-nous déjà des projets pionniers, tels ceux de Wim Wenders ou Martin Scorsese.

Sources : Steve Pond, « The Dard Flaw in 3D’s Bright future », Thewrap.com, 21 juillet 2010
Par Antoine Gallay – le Vendredi 30 Juillet 2010
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