<Zurich Film Festival
Sorties et actualités Cinema sur cinema.ch Cinéma à Lausanne et Genève

Publicité

FIFF 2014, la Compétition officielle

·

Le Festival International de Films de Fribourg s’achèvera samedi soir, quand le jury international composé de Jerry Schatzberg, Sébastien Pilote, Alejandro Fadel, Eric Matti et Daniela Michel va décerner le Grand Prix (appelé le Regard d’or) à un des 12 films en compétition. Jetons un coup d’œil à ces films, d’origines différentes de quatre coins du monde, du Japon au Venezuela, en passant par le Kazakhstan, la Chine, l’Iran, et d’autres pays. 

En parallèle avec la section d’hommage à l’histoire du cinéma iranien, deux films récents iraniens font partie de la liste des films en compétition long-métrage cette année. Le premier est Fish and Cat, un film de Shahram Mokri, un des réalisateurs de la dernière génération des cinéastes iraniens formés à l’intérieur du pays. Mokri, dont le premier long-métrage, Ashkan, the Holy Ring and Other Stories, l’avait rendu connu du jour au lendemain lors du Festival de film à Téhéran en 2010, revient avec un film d’horreur audacieux, composé d’un seul plan-séquence de 134 minutes. Manuscripts Don’t Burn de Mohammad Rassoulof, un habitué du FIFF et membre du jury au Festival il y a deux ans, est le deuxième représentant du cinéma iranien. Ce film prend pour sujet un tabou politique, et le fictionnalise à un certain degré.  

Manuscripts Don’t Burn n’est pas le seul film politique en compétition. The Square, le documentaire de la réalisatrice égyptienne, Jehane Noujaim, avait fait le tour des festivals (Sundance, Toronto) avant d’arriver à Fribourg. Ce film, qui enregistre fidèlement les actes héroïques révolutionnaires égyptiens sur la place Tahrir pendant ces deux dernières années, est une version des faits honnête et touchante d’une révolution volée et reconquise (ou presque). 

Aussi émouvant et bouleversant est le film indien de la sélection officielle. Siddarth suit l’histoire d’une famille modeste à New Dehli, qui envoie son fils de 12 ans à travailler dans une usine en province. Quand le fils disparaît sans aucune trace, le père de famille se lance à sa recherche. Cette quête sans fin dans les rues pleines de couleurs du pays semble de moins en moins joyeuse au cours de ce long voyage. Sublimement construit et monté, le film montre les efforts désespérés du père et capture magnifiquement son état d’âme.

La thématique de l’amour paternel est aussi le thème principal du film chilien, To Kill a Man. Ce film analyse les limites jusqu’à où un père peut aller pour protéger sa famille. En même temps, c’est une étude psychologique d’un homme qui, après avoir tout perdu, se transforme en quelque chose dont il avait précédemment horreur. 

Les deux autres films sud-américains en compétition, Lock Charmer et Pelo Malo, s’avèrent également intéressants. Le premier, un film argentin, mélange la réalité avec la magie dans cette histoire d’un serrurier qui se trouve accidentellement doué d’un pouvoir magique. Le charme lui permet de revenir sur sa vie et de se confronter. Le film vénézuélien, Pelo Malo, en revanche, n’exhibe pas les petits rayons d’espoir de son semblable argentin, bien que son protagoniste soit un jeune garçon de 9 ans. L’histoire tourne autour d’une mère veuve, qui fait des hypothèses sur la sexualité de son fils, craignant son avenir dans une société machiste. Le gamin aime bien se coiffer et s’habiller en chanteur de variété, il est pourtant prêt à tout sacrifier pour faire preuve de sa masculinité à sa mère. Ce conflit mère-fils met en lumière les incertitudes et les doutes sur la question de la sexualité.

Comme à l’accoutumée, les films asiatiques ont peuplé cette année aussi la compétition officielle. Le film coréen, Han Gong-Ju, s’est déjà vu primé en décembre dernier au Festival du film de Marrakech. Till Madness Do Us Part, le dernier film de Wang Bing (qui avait gagné au FIFF 2013 avec Trois sœurs) est un documentaire chinois, sorti et acclamé dans plusieurs festivals, sur la vie dans un asile psychiatrique. La caméra observe et suit pendant 227 minutes les malades dans cet asile, passant d’un personnage à un autre, montrant leur quotidien sombre, monotone mais aussi non orthodoxe. Quick Change explore le monde sombre et déprimant des transsexuels qui cherchent à s’embellir à tout prix, mais il y ajoute un côté léger, coloré, joyeux et quelques sourires grâce à ses petits gags ainsi qu’à ses personnages gais. Au revoir l’été construit un espace moins désespéré que les autres films asiatiques avec la dominance des couleurs lumineuses. De plus, l’histoire du film concerne les adolescents qui voient la vie en rose, malgré sa dureté. 

Le 12ème film en compétition, the Constructors, est un film kazakh, qui ne fait que 67 minutes. Une famille composée de deux frères et leur petite sœur, sont expulsés de leur appartement, et s’exilent sur le petit terrain qu’ils possèdent dans le faubourg. Quand ils apprennent qu’ils doivent construire une maison sur le terrain pour empêcher le gouvernement de le confisquer, un récit étrange, frôlant l’absurde, se développe. Le rythme lent, l’immobilité des plans et l’humour noir font de ce petit film une expérience inoubliable cinématographique.

Par Maral Mohsenin – le Vendredi 4 Avril 2014
Vous appréciez cet article, aidez-nous à le promouvoir: