Cinéma Lausanne Genève

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Est-ce qu'un zombie peut choquer?

Est-ce qu'un film peut encore, dans un État laïque où le cinéma est un divertissement commun, choquer le public au point de provoquer de vives réactions et d'exciter la censure? Généralement, le spectateur, même s'il est mal renseigné, connaît déjà une partie des violences et des provocations visuelles ou idéologiques qu'il s'apprête à découvrir sur l'écran du cinéma. Par ses amis, par les médias et par d'autres indices (affiche et titre du film, limite d'âge en salle, etc.), il s'est informé quasi passivement du contenu et de l'ambiance du film; ses attentes ont été modelées en conséquence. Il risque peu d'être surpris par les images projetées. D'autre part, ayant l'habitude de voir sur Internet ou à la télévision d'autres images impressionnantes - et, par ailleurs, issues de la réalité -, le spectateur d'aujourd'hui est naturellement peu susceptible d'être choqué, révolté ou dégoûté par des images mises en scène et truffées d'effets spéciaux. Aussi, on a presque envie d'applaudir quand une fiction parvient à nous surprendre dans l'horreur.

L. A. Zombie, dont la sortie suisse est fixée en août, aura peut-être ce mérite. Le film vient d'être retiré de la programmation du festival de Melbourne, par le bureau australien de la classification des films. En revanche, sa projection à Locarno, où il concourt pour le Léopard d'or, ne devrait pas être annulée, puisqu'en Suisse, ce sont en principe les organisateurs de festivals - et non les autorités - qui établissent les limites d'âge et qui se chargent de leur propre censure.

Reste que L. A. Zombie fait déjà parler de lui. Quels sont les ingrédients choquants auxquels recourt le long métrage du réalisateur canadien Bruce LaBruce? Le film raconte l'arrivée, à Los Angeles, d'un zombie-vampire extraterrestre, sanguinaire, hideux et impulsivement homosexuel. Ce personnage est interprété par l'acteur français de films pornographiques François Sagat. Selon Olivier Père, le directeur du festival de Locarno, L. A. Zombie est un film d'art qui joue sur l'esthétique et les codes du film gore et du film gay. À voir la bande-annonce, en tout cas, c'est dans l'outrance qu'on se situe: le héros, tout en pectoraux, semble maquillé au spray; beaucoup de sang et de nombreuses dents débordent de sa bouche; ses victimes baignent dans un grand ketchup d'hémoglobine...

Ainsi, c'est le rire devant l'exagération que promet L. A. Zombie, plutôt que la controverse. Mais si cette débauche d'horreurs ne suffit pas à faire scandale, est-ce que le scandale est encore possible au cinéma?

Bande-annonce de L. A. Zombie: http://www.youtube.com/watch?v=t0DQDlm6bYI
Par Timothee Lechot – le Vendredi 23 Juillet 2010
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