






« L’Amour fou est un « documentaire » à oublier rapidement. Formaté, bavard et cloisonné, il ne laisse qu’un goût amer et a le seul mérite de rendre compte de la complexité du genre documentaire, que le réalisateur est bien loin d’avoir saisi. En faisant de son film un portrait complètement raté et convenu du couturier Yves Saint Laurent, il gâche le potentiel de tenter de parvenir à saisir une personnalité aussi célèbre qu’elle est complexe. Aucune approche formelle, aucune recherche narrative, aucune distance et réflexion sur son sujet, L’Amour fou s’avère tout simplement inutile et d’une pauvreté consternante.
De façon arbitraire, le film suit chronologiquement le parcours du créateur, en s’efforçant de ne pas mêler les pistes et les thèmes. A chaque parole des intervenants répondent des photographies ou des archives télévisuelles, pratique répétée inlassablement, ne laissant pas un instant au spectateur de s’imprégner personnellement des informations qui lui sont délivrées et rendant l’ensemble indécent d’artificialité. Pire, le problème du formatage formel, outre de ne rien proposer cinématographiquement, tend à formater les personnages eux-mêmes et leurs interventions, YSL et Pierre Bergé en tête. S’il faut se convaincre de cette aberration, il suffit de se pencher sur le rapport, tel qu’il est présenté, qu’entretiennent les deux amants avec l’art, qui apparaît ici totalement désuet, inculte et prétentieux. Au vu de la riche collection qu’ils possédaient, force est de constater que cette représentation insipide n’est qu’à mettre sur le compte de la faiblesse du documentaire. Si cet Amour fou ne gênera pas l’inattentif spectateur prime time auquel il semble être destiné, il dérangera profondément tous les autres spectateurs, pour qui art et cloisonnement ne peuvent coïncider.
La seule scène réussie, apparaissant à la fin du film, est celle de la vente aux enchères de la collection, qui, enfin, laisse les images parler et accorde une place au spectateur. Sans commentaire, ce dernier suit la vente, libre d’être fasciné ou consterné par son ampleur. Hélas, cette liberté acquise n’est qu’un leurre et fait de cette séquence une exception - ou le fruit du hasard - , tant le film retombe bien rapidement dans ses travers. Cette unique scène satisfaisante, mais trop isolée pour parvenir à rehausser la valeur du film, montre bien que le problème grave réside non pas dans le sujet mais bien dans le traitement formel.
Au final, L’Amour fou semble ne s’adresser à personne. Les amateurs de YSL seront frustrés de ne rien apprendre et les spectateurs cinématographiques effarés d’une telle pauvreté formelle et de l’absence totale de distance vis-à-vis du sujet et du genre documentaire.