






Deux enfants, Rebecca et Tommy, se rencontrent sur de longues plages brumeuses. Longtemps séparés, ils se retrouvent à l’âge adulte et se révèlent plus que jamais attirés l’un par l’autre. Jusqu’à présent, on peut légitimement attendre la comédie dramatique un peu niaise, pleine de bons sentiments. Mais l’étrange beauté des images – grises, froides, horizontales, figées – semble nous avertir de l’impermanence d’une telle situation. Tommy meurt dans un bête accident. Son corps disloqué gît sous les yeux de Rebecca. Là, débute une histoire monstrueuse, magnifique : Rebecca décide de porter en son ventre une reproduction clonée de Tommy. Elle l’élève comme une mère. De situations anodines surgissent alors d’inquiétantes figures – le visage du bébé plongé dans l’obscurité, le jeune garçon caché sous un drap tel un spectre, ou nu debout dans un bain sous les yeux de Rebecca. Cette étrangeté se prolonge à certaines images déliées de toute participation narrative : un petit dinosaure animé, un jouet, enterré sous le sable ; des crustacées qui semblent appartenir à un âge antédiluvien ; des buffles qui semblent marcher sur l’eau, au loin. Il est pourtant regrettable de trouver, parallèlement à cette ampleur visuelle, un appareil symbolique lourd, peu original. Le film aurait en outre gagné en intensité à se condenser sur la dramatique inhérente au thème plutôt que de s’étirer en scènes parfois poussives, dialogues sentencieux entrecoupés de longs silences. Par bonheur, ces maladresses sont redressées par l’excellente prestation des acteurs – Eva Green, splendide, révèle ici une puissance expressive avec des moyens extrêmement retenus, tandis que Matt Smith s’avère tout à fait terrifiant, prêt à éclater à tout moment. Un très beau film.