






« Considéré comme roman graphique (graphic novel) plutôt que comme comic, Watchmen doit cette étiquette à son histoire complexe et détaillée plutôt destinée à un lectorat qu'appelle « adulte ». Réalisée en six tomes, cette série a été classée par le journal américain Time parmi les 100 meilleurs romans en langue anglaise depuis 1923. On y retrouve au dessin Dave Gibbon, mais surtout, à la plume, l'écrivain Alan Moore, scénariste du cultissime V for Vendetta ou de From Hell pour ne citer qu'eux. Avant cette première adaptation au cinéma du réalisateur Zack Snyder, c'est d'abord Terry Gilliam qui s'est montré intéressé, puis Aronofsky et enfin Paul Greengrass. Mais c'est finalement l'auteur de l'étourdissant 300 qui prend les commandes de cette épopée enviée pour son univers et sa force esthétique, mais redoutée pour ses difficultés d'adaptation.
Le résultat ? Un Maxi Big Mac. Et à tous les niveaux. Ce qui fait que c'est parfois indigeste, too much. Mais rendons grâce au comestible et à ce qui se laisse apprécier au palais. Déjà, un des plus magnifiques génériques de ces derniers mois, voire de ces dernières années. Ensuite, un visuel tout bonnement bluffant. Un travail de retouche et de numérique hallucinant. Une performance d'acteur rare dans un film comme celui-là avec Jackie Earle Haley qui joue l'étrange et énigmatique Walter Kovacs, alias le Rorschach. La sauce peut donc prendre et nous faire oublier quelques mièvreries, les effets spéciaux à tire-larigot, la mégalomanie, le choix musicaux pompeux, l'hémoglobine accompagnée de son cortège de membres cassés et tordus, ou encore le côté parfois grotesque du Dr Manhattan en mode spleen ou du Hibou et de sa cape de vieil adolescent.
Il y aurait beaucoup à redire pour justifier que ce film n'est pas le chef-d'oeuvre qu'attendent certains. Reste que c'est un pari joliment relevé et qu'il vaut largement le coup d'oeil, si ce n'est que pour s'éloigner du cliché redondant selon lequel le monde du neuvième art n'a rien à proposer aux lecteurs qui ont dépassé leur vingt ans. Et ce Watchmen démontre avec brio que non seulement cette opinion est évidemment chimérique, mais qu'elle l'est également pour le monde des comics et des histoires de supers-héros. Preuve en est l'ambiguïté de ces personnages qui sont contestables dans leurs pensées comme dans leurs actes et ce à maintes reprises. De même, cette histoire ambivalente où les victoires ressemblent à des défaites et vice-versa. Rien ne semble jamais simple et acquis. Rien n'est jamais moralisateur, rien ne peut servir d'exemple. Et pour ces raisons-là qui ne cherchent pas le compromis et évitent d'affaiblir l'intrigue, on peut remercier Zack Snyder. Une adaptation qui a su garder le cap originel sans se laisser détourner dans les affres de la bien-pensance et de l'édulcoration. »