






« Voilà 25 ans que le désastre de Tchernobyl frappait l'Ukraine et toute une partie de l'Europe. L'affiche, une mosaïque saccadée d'un personnage qui court à grandes enjambées, faisait deviner une peinture de grands mouvements de panique, mais ce ne sera finalement pas le cas. Le réalisateur Mindadze propose non pas un film catastrophe mais un film sur une catastrophe, à échelle humaine, puisqu'on suit les réactions-actions-réflexions d'un jeune ingénieur qui a vu le danger et souhaite quitter la ville au plus vite.
Le début du film illustre la première réaction du héros; l'instinct de survie. Le jeune Valery (Anton Shagin) court à perdre haleine comme un gibier sur une terre malade qui gronde, suivi par une caméra aux mouvements ultra-réalistes. Bonjour la migraine du spectateur. Très vite, pourtant, la vie de tous les jours rattrape l'ingénieur; pour s'enfuir il faut un passeport qu'on ne retrouve plus, on casse une chaussure et il faut en racheter une, on a un dernier job à terminer, on se fait coincer dans une cérémonie de mariage ultra festif interminable, prison sonore en réponse à ce que Mindadze appelait un "drame du silence" (à voir ici la critique des autorités qui ont gardé la catastrophe secrète), et on ne sait plus pourquoi on court, on se demande si ce danger , invisible, est vraiment présent et éminent. Après la panique apparaît l'incrédulité, l'incompréhension, la résignation et même une certaine forme d'auto-destruction.
Le rythme du film reste très inégal, principalement à cause du mouvement de passion-répulsion des personnages qui réagissent par stimuli et ne pensent à s'échapper qu'à chaque fois qu'un indice de radiation fait son apparition, comme un goût de métal dans la bouche, une vitre qui explose, de la fumée qui sort du sinistre bâtiment. Cette dynamique est bien sûr voulue, mais elle apparaît vite comme fatigante pour le spectateur, surtout lorsqu'elle est teintée des réactions excessives que le réalisateur attribue à la culture russe. De plus, certains épisodes, comme celui des pourboires ou des vieilles rancoeurs de parti communiste n'apportent pas grand chose.
Intense, plutôt intéressant sur le plan du développement du personnage principal, mais également fatigant et lugubre: Quoi de pire que de se réveiller avec une gueule de bois face à un réacteur nucléaire éventré? »