






« Abel Davoine et son chef opérateur Gregory Bindschedler savent filmer la nature, les plages de vase, les minéraux, les courants d'eau, les arbres, la végétation. Avec pudeur et avec drame. C'est peut-être ce qu'il y a de plus remarquable dans Unfinished Stories, une maitrise qui permet aux choses de s'animer secrètement, de révéler leur nature profonde. C'est là l'excellence de ce film: des tourments cachés saisis par une caméra qui respecte néanmoins son sujet, sans le violenter, sans chercher à le brusquer. S'ajoute à cela une réussite rythmique où l'aménagement général – entendez le montage – possède un je-ne-sais-quoi de curieux, d'intéressant, de bien mené. Il y a de la précaution, de la justesse. En somme un bon tempo, clair et équilibré. Et puis, il y a ces calmes soudainement installés qui sont aussi le signe d'autre chose qui se trame en-dessous, qui dérive, tourmenté. Parfois, ce cadre fixe, immobile en vient même à faire surgir le désenchantement des personnages, de l'atmosphère ; mais ailleurs, il désenchante aussi le spectateur. Il y a en effet certaines longueurs qui paraissent inappropriées du point de vue de l'intrigue, des superflus, des accents qui ont été mis là où ce ne serait pas, semble-t-il, à tout prix nécessaire. Et c'est de cette manière que va se poser le problème des dialogues et même parfois du jeu des acteurs. Ce dernier est souvent « poussé », manquant pour beaucoup de naturel et de spontanéité, et ce surtout dans la conversation. En effet, les personnages, tous deux écrivains, « parlent comme ils écrivent et s'écoutent parler », c'est là un partis pris qui dérange moins pour la perplexité qu'il peut provoquer chez le spectateur que par le fait qu'il empêche l'émotion d'être là, d'advenir. C'est certes un « effet » qui permet de mieux saisir certaines situations, de les rendre plus intelligibles, mais cela évite du même coup de les ressentir. Ce qui provoque une certaine absence d'empathie et même pire encore un relatif désintérêt pour le destin de ces personnages, voire pour l'aboutissement de cette histoire. Mais c'est là un point qui est peut-être, au fond, ce que le réalisateur cherchait paradoxalement. On a envie de penser que c'est maladroit de sa part tout en se disant que c'est peut-être nous-mêmes qui sommes maladroit de penser de la sorte. Reste donc, tout au bout du film, une perplexité. Et, au fond, on peut dire que c'est tant mieux. »