65th Cannes Film Festival
Sorties et actualités Cinema sur cinema.ch Cinéma à Lausanne et Genève

Unfinished Stories

Poster - Film Unfinished Stories
Sorti le 4 Mars 2009 · 1h13 · Drame
Réalisé par Abel Davoine
Avec Vanessa Larré, Lucie Zelger, Jérôme Hentsch et Yaël Ruta.
« Un couple d'écrivains à la dérive se déchire dans un coin retiré de la Bretagne. Mark est un romancier désabusé qui se cache derrière les personnages qu'il s'invente. Marion a tout quitté pour se consacrer à un recueil de nouvelles dans l'espoir d'être publiée. Tous deux cherchent dans l'écriture la reconnaissance qu'ils ne trouvent ni en eux-mêmes, ni dans leur compagnon. Rongés par les frustrations, les insatisfactions et le manque de communication, ils noient leurs doutes dans l'alcool et les disputes. Unfinished Stories s'inspire d'une nouvelle de Raymond Chandler, « A Couple of Writers », et l'adapte à la société contemporaine. Le scénario conserve l'essence de la nouvelle de Chandler, qui met en scène une dispute et sa résolution. Le film les étoffe d'un avant et surtout, d'un entre-deux, le temps mort de la dispute ; à travers ce moment de suspension dans le couple, il cherche à saisir et à retranscrire les aléas d'une relation, entre émotion et réflexion. Les plans fixes et le rythme contemplatif d'Unfinished Stories donnent une assise aux émotions des personnages et leur permettent de se dévoiler petit à petit. L'image, avec ses clairs-obscurs et ses camaïeux de gris et de verts, s'harmonise avec le récit ; les paysages âpres de la Bretagne occupent une place prépondérante dans le film et l'ouvrent sur cet espace de respiration qui traverse les personnages. Nature et plans d'intérieur alternent, exprimant l'introspection des protagonistes, l'enfermement créé par leurs doutes, et l'immuabilité des rapports humains. Un drame intime. »

Parce que le désenchantement n'est jamais très loin


Critique par Mathieu Poget – Cinema.ch

« Abel Davoine et son chef opérateur Gregory Bindschedler savent filmer la nature, les plages de vase, les minéraux, les courants d'eau, les arbres, la végétation. Avec pudeur et avec drame. C'est peut-être ce qu'il y a de plus remarquable dans Unfinished Stories, une maitrise qui permet aux choses de s'animer secrètement, de révéler leur nature profonde. C'est là l'excellence de ce film: des tourments cachés saisis par une caméra qui respecte néanmoins son sujet, sans le violenter, sans chercher à le brusquer. S'ajoute à cela une réussite rythmique où l'aménagement général – entendez le montage – possède un je-ne-sais-quoi de curieux, d'intéressant, de bien mené. Il y a de la précaution, de la justesse. En somme un bon tempo, clair et équilibré. Et puis, il y a ces calmes soudainement installés qui sont aussi le signe d'autre chose qui se trame en-dessous, qui dérive, tourmenté. Parfois, ce cadre fixe, immobile en vient même à faire surgir le désenchantement des personnages, de l'atmosphère ; mais ailleurs, il désenchante aussi le spectateur. Il y a en effet certaines longueurs qui paraissent inappropriées du point de vue de l'intrigue, des superflus, des accents qui ont été mis là où ce ne serait pas, semble-t-il, à tout prix nécessaire. Et c'est de cette manière que va se poser le problème des dialogues et même parfois du jeu des acteurs. Ce dernier est souvent « poussé », manquant pour beaucoup de naturel et de spontanéité, et ce surtout dans la conversation. En effet, les personnages, tous deux écrivains, « parlent comme ils écrivent et s'écoutent parler », c'est là un partis pris qui dérange moins pour la perplexité qu'il peut provoquer chez le spectateur que par le fait qu'il empêche l'émotion d'être là, d'advenir. C'est certes un « effet » qui permet de mieux saisir certaines situations, de les rendre plus intelligibles, mais cela évite du même coup de les ressentir. Ce qui provoque une certaine absence d'empathie et même pire encore un relatif désintérêt pour le destin de ces personnages, voire pour l'aboutissement de cette histoire. Mais c'est là un point qui est peut-être, au fond, ce que le réalisateur cherchait paradoxalement. On a envie de penser que c'est maladroit de sa part tout en se disant que c'est peut-être nous-mêmes qui sommes maladroit de penser de la sorte. Reste donc, tout au bout du film, une perplexité. Et, au fond, on peut dire que c'est tant mieux. »

Fans



Cette fiche/critique a été consultée 731 fois