






« Comme tout film résolument réaliste, Nader and Simin se veut sérieux. Le scénariste et réalisateur Asghar Farhadi conçoit, à partir du contexte social iranien, une œuvre d’art doublée d’une étude de mœurs. Et quelle étude ! Le petit procès qui s’instaure entre deux familles, et qui menace de les briser, est à la fois simple et riche. De l’affaire dépend l’honneur des accusés comme des lésés, et le choix d’une instance (judiciaire ou religieuse, publique ou privée) pour décider de la culpabilité ou de l’innocence de Nader (Peyman Moadi), c’est-à-dire de la vérité. Dans le film se rencontrent les diverses tensions de la société iranienne, tiraillée entre une modernisation rapide et un vif conservatisme. Les quatre parents forment un double système d’oppositions : le couple intellectuel et bourgeois et le couple prolétaire et religieux sont tous deux composés d’un membre purement pragmatique et d’un membre attaché à de stricts principes. Autant dire que tout le monde se fâche contre tout le monde, et que tout va en s’aggravant. Filmée dans un microcosme iranien, cette rencontre manquée entre des classes et des croyances différentes s’efforce de décrire la condition d’une époque plutôt que d’un pays. Et cette époque, c’est bien sûr la nôtre : celle de la mixité culturelle, celle de la pluralité des discours moraux.
Les films les plus humbles peuvent avoir la portée la plus grande. Malgré la lourdeur des scènes du tribunal, toujours très détaillées, et malgré le pessimisme ou la gravité constante des personnages et des situations, Jodaeiye Nader az Simin compte parmi ces œuvres complètes qui, avec une grande économie de moyens, font penser, parler et peut-être pleurer.
Jodaeiye Nader az Simin (Nader and Simin, a separation) est en lice dans la compétition internationale du 61e Festival de Berlin. Voyez notre page spéciale Berlinale. »