






« Quoiqu’il éprouvera terriblement les spectateurs, avec ses plans fixes sans fin, pris dans une lumière naturelle et des décors réels, Un mundo misterioso (A mysterious world) a l’intérêt d’exploiter jusqu’au bout de l’ennui une caractéristique de notre époque que certains qualifieront de "postmoderne" : l’absence de discours et de principes dominants qui pourraient gouverner nos actes, nos paroles et, bien sûr, nos créations artistiques. Quand Boris (Esteban Bigliardi), sans projet, est abandonné par sa petite amie, il est rendu à lui-même et au monde, un monde imprévisible et désordonné, un flux informe, une succession inexplicable d’événements. Le public suit le personnage comme celui-ci suit les passantes dans les rues de Buenos Aires. Aucun schéma narratif ne vient s’appliquer à la matière du film, qui répond à la seule dynamique d’une pure errance.
Malheureusement, cette errance ne dévoile rien de très intéressant : sans principes pour l’appréhender et sans passions pour la vivre, la réalité prétendument mystérieuse est en fait sèche, vide et, au fond, sans intérêt cinématographique. À moins qu’elle ne soit simplement mal filmée. Au cœur de sa recherche sur la condition de l’homme actuel, le réalisateur argentin Rodrigo Moreno n’a pas su découvrir ou faire sentir le mystère brut de l’existence des âmes et des choses.
Un mundo misterioso (A mysterious world) est en lice dans la compétition internationale du 61e Festival de Berlin. Voyez notre page spéciale Berlinale. »