






« Angelina Jolie et Johnny Depp : à ces deux noms se résume The Tourist, un film du réalisateur et scénariste allemand Florian Henckel von Donnersmarck. Cette copie américanisée du thriller français Anthony Zimmer s’inspire encore de divers longs métrages pour ressembler, au final, à un mauvais James Bond dont l’action se situerait à Venise. D’ailleurs, Timothy Dalton interprète un des rôles secondaires; il surgit à la fin pour sauver les gentils et conclure le film. Quant à l’intrigue, elle est facile et schématique : un banquier malin vole un gangster brutal ; celui-ci poursuit celui-là, tout comme les forces spéciales de Scotland Yard.
Donnersmarck ne cherche pas à raconter une histoire intéressante : il veut célébrer la beauté physique de ses deux acteurs. Dans le cas d’Angelina Jolie, ce charme est tapissé de maquillage et couvert successivement de plusieurs robes et coiffures sophistiquées, si bien que le thriller flirte avec un genre de spectacle tout à fait différent : le défilé de mode. Pour sa part, le métamorphique Johnny Depp parvient à interpréter un quidam plutôt banal sans rien perdre de sa présence à l’écran ni de l’humour dont il dote ses rôles habituels. Son talent fait oublier sa belle gueule. Pourtant, celle-ci constitue non seulement un atout commercial de cette grosse production, mais un thème à part entière.
Les deux visages vont s’embrasser : c’est le prix, l’intérêt et l'acmé du film. Celui-ci est construit tout entier autour de la scène du baiser, habilement préparée et habilement exploitée. Le décor vénitien, le rouge à lèvres pulpeux d’Angelina, le bouc ténébreux de Johnny, l’omniprésence d’agents secrets voyeurs… tout converge vers l’Instant baveux. Au spectateur de décider s’il veut dépenser quinze francs pour le plaisir d’un baiser. Les producteurs, eux, ont investi plus de cent millions. »