






« Basé sur le livre de Rosemary Sutcliff datant de 1954, The Eagle est un roman adulé par plusieurs générations de lecteurs, dont le réalisateur écossais Kevin MacDonald. Le projet lui tenant à coeur, il a tout fait pour rendre l'atmosphère de "documentaire antique" qu'il voyait dans le livre. Tourné en Hongrie pour les scènes romaines et en Ecosse pour les scènes prenant place dans la vieille Alba, au delà du mur d'Hadrien, The Eagle présente en effet une esthétique pas du tout tape à l'oeil, à l'inverse des derniers péplums mis sur le marché, comme les prouesses stylistiques de 300 ou la grandiloquence floutée en 3D du Clash des Titans. Dans The Eagle, il y n'y a que des forêts, des glens, des highlands, des ombres, des pictes et des romains qui se prennent de la boue plein les gencives. Bon choix. Comme le souligne MacDonald, c'est juste l'histoire de deux gars dans les paysages sauvages de l'Ecosse.
Les deux gars en question sont Channing Tatum (Dear John, Step Up) et Jamie Bell (Billy Eliott, Jumper), et ils ont visiblement mouillé la chemise/toge/marcel dans toutes les scènes de combat. La relation entre les deux personnages aurait pu être très intéressante mais son évolution est finalement très peu exploitée. Le personnage peu construit d'Esca est finalement jeté dans l'intrigue brusquement et on peine à suivre ses motivations et son développement. De plus, l'antagonisme entre l'esclave en position de pouvoir dans le monde qui est le sien, et celui du maître romain inférieur une fois passée la frontière aurait pu être plus amplifié. La géopolitique de l'époque a été quelques peu simplifiée (il y a Rome et la grande Bretagne. Pictes et Brigantes sont mis dans le même panier et parlent tous gaélique), mais le réalisateur a néanmoins cherché à illustrer une petite symbolique: les envahisseurs romains parlent avec l'accent américain, alors que les natifs, tel l'Esca de Bell, parlent avec un accent anglais du Nord.
Le gros ratage du film, ce sont les tribus d'au-delà du mur, c'est à dire les natifs écossais, les Pictes, nation connue pour leurs tatouages et leur sauvagerie. Les guerriers Seals menés par Tahar Rahim (Un prophète, qui parle gaélique avec un accent arabe pour l'occasion) ont plus l'air débarqués de la planète Pandora que de l'Ecosse, ou ressembleraient vaguement à des Amérindiens à la peau verte. Autre symbole à rattacher aux USA? Toujours est-il qu'on se croirait tombé dans un mauvais Valhala Rising, et on regretterait (presque) Keira Knightly et ses peintures décalcomanie dans Arthur. »