






« On n'y croyait pas, mais ils l'ont fait.
Quoi?
Un film muet.
Après l'hommage rendu aux grands films d'aventures et d'agents des sixties, le réalisateur des OSS 117, Michel Hazanavicius, se tourne vers l'époque du muet avec à nouveau à l'affiche Dujardin et Bérénice Bejo. Et comme à son habitude, Hazanavicius ne s'arrête pas à un film qui se suffirait de quelques références et clins d'oeil, mais propose bien plus. Le pari est en effet assez fou et risque de dérouter plus d'un inconditionnel d'OSS 117 ou des comédies avec Dujardin. Et pourquoi donc? Pour la simple et bonne raison que The Artist reprend non seulement l'esthétique noir-blanc, mais est muet de bout en bout. Il y a bien entendu un accompagnement musical à l'orchestre (comme c'était déjà systématiquement le cas à l'époque), quelques bruitages et trois ou quatre phrases, mais pas davantage. Le film s'apprécie dans ses situations, les mimiques des personnages, son montage et ses images. Même si ce n'est pas un film muet pur jus, Hazanavicius a été sans compromis et, contrairement à ce que l'on aurait pu présager, n'a pas cherché à tout prix à moderniser et actualiser les codes du genre pour s'adapter au public d'aujourd'hui. Ce dont on lui sait gré et qu'on salue avec une réelle réjouissance. Cela donnera peut-être d'ailleurs à certains l'envie de découvrir ce cinéma-là (30ans de production cinématographique!) ou revoir des classiques muets, des Chaplin, Des Buster Keaton, Laurel & Hardy, ou encore des Murnau, Fritz Lang, Eisenstein ou que sais-je encore.
On soulignera qu'avec un tel projet, une telle ambition, le film a les défauts de ses qualités. En effet, la volonté de réaliser un film à l'allure de ceux qui se faisaient avant les années 30 va de pair avec un rythme un peu lent, des plans souvent assez statiques, et une histoire simple, relativement prévisible et un peu mollassonne. The Artist fait en somme confiance à l'intelligence du spectateur et réclame un petit (tout petit) effort pour se mettre au diapason, entrer dans ce monde et se laisser dépayser, surprendre. Franchement, des films comme ça, aussi culottés, audacieux, regorgeant d'idées et de véritables belles séquences, on en redemande! »