






Avec The Angels’ Share (La Part des anges), Ken Loach est le quatrième réalisateur, après Haneke, Kiarostami et Mungiu, à être en compétition à Cannes cette année et à avoir déjà reçu la Palme d’Or. Pour sa part, c’était en 2006, avec Le Vent se lève. Cette fois-ci, il s'agit d'une comédie, avec bien sûr un fond social – on ne refait pas l’homme –, dont l’action se déroule comme d’autres de ses films à Glasgow (et le scénariste Paul Laverty, originaire de la côte Ouest, n’y est pas pour rien). On y retrouve Robbie, petite frappe au passé judiciaire chargé, souvent en proie à des accès de violence incontrôlables, qui cherche désormais à reprendre sa vie en main et à entamer un nouveau départ. Intelligent, convaincu de vouloir changer de voie, amoureux d’une jeune fille qui parvient à le canaliser et le stabiliser, Robbie a tout pour se remettre sur les rails. Mais le passé a parfois tendance à le rattraper et plusieurs voyous le harcèlent et lui cherchent encore querelle.
Sweet Sixteen (2002), de Ken Loach, parlait déjà de jeunes gens évoluant dans un contexte désespéré, mais qui avaient toutefois un projet. Le personnage de Liam devait alors trouver de l’argent pour acheter une caravane à sa mère qui sortait de prison. Billy Casper, dans Kes (1969), entreprend, lui, de dresser un faucon. Toutefois, ces jeunes gens ont aussi pour point commun d’être dénigrés, quels que soient leurs efforts. Qu’ils mènent à bien leur projet ou non, peu importe, ils sont toujours ramenés à leur passé. On les voit d’abord et avant tout comme des cas sociaux, des voyous ou des petits criminels sans avenir. Mais c’est peut-être par là aussi que ces personnages trouvent leur force, comme c’est le cas, dans La Part des anges, pour Robbie. Les quolibets et le pessimisme qui règnent autour de lui semble le rendre plus fort et le conduit à être opiniâtre, persévérant, à faire preuve d’une énergie et d’une motivation inébranlable.
Ce qui va le passionner, lui, et le faire sortir de son cercle vicieux, c'est le whisky, les dégustations et les distilleries. Un engouement personnel et un intérêt qui lui servira de salut, même si le parcours pour y arriver sera tortueux. Avec, en passant, la métaphore, poussive peut-être, de ce breuvage doté d’une forte identité, toujours en contact avec ses origines, varié, complexe, et qui, surtout, évolue avec le temps, change de couleur comme de goût et s’avère capable de se transformer totalement... Parenthèse fermée.
La Part des anges réjouit ainsi au sein de cette cuvée cannoise 2012. Par sa fraîcheur, sa légèreté et aussi parce que cela risque d’être la seule comédie digne de ce nom de cette 65ème édition. En outre, on sent que Ken Loach n’a pas utilisé le genre comme prétexte pour mieux dénoncer des injustices sociales et défendre un point de vue engagé. Le cinéaste fait donc honneur à la comédie, exercice inhabituel dans sa filmographie, on rit pas moments de très bon cœur, c'est joyeux, voire même carrément positif au bout du compte, mais l’ensemble reste néanmoins sans grande prétention et peu innovant. Un Pur Malt, ça oui, mais un Single non.