






« Est-ce que des images peuvent « sonner faux » ? C’est ainsi qu’on aimerait traduire le léger malaise qui prend le spectateur de Tannöd à plusieurs reprises et pour plusieurs raisons. En-dehors de certains effets visuels qui nous semblent techniquement maladroits, ce sont des scènes entières qui prennent une tournure trop bizarre pour ne provoquer aucune gêne. On ne comprend jamais tout à fait ce qui pousse les villageois à se confier si directement et si abondamment à la visiteuse (Julia Jentsch). La scène du repas, par exemple, où les nombreux convives s’expriment l’un après l’autre, nuit franchement à la crédibilité de l’intrigue. Par ailleurs, on se demande pourquoi l’héroïne, d’habitude si raisonnée, s’enfuit dans la forêt au beau milieu de la nuit. On s’étonne encore qu’elle puisse tomber amoureuse d’un jeune paysan à un des moments les plus sinistres de l’enquête.
Mais notre regard sévère est tributaire d’une comparaison qu’on ne peut s’empêcher de faire : celle de Tannöd avec Le Ruban blanc de Michael Haneke. Sorti chez nous il y a quelques mois, ce chef d’œuvre allemand racontait déjà une série de meurtres et d’événements inexpliqués dans un village d’Allemagne isolé et arriéré. Mais quelle finesse en plus ! Dans le film de Haneke, en dépit du contexte protestant et austère, et d’un tournage en noir et blanc, des tensions extrêmement fortes naissent d’images simples et de paroles rares. Dans le film de la réalisatrice suisse Bettina Oberli, les personnages sont bavards et tiennent souvent du stéréotype : la folle du village (Monica Bleibtreu), le prêtre vendu, le père pédophile, le jeune amoureux (Volker Bruch), etc. En outre, dans Le Ruban blanc, la motivation des crimes reste subtilement tue ; dans Tannöd, au contraire, elle s’explique simplement par les pulsions brutes d’un paysan lubrique…
Cependant, l’entremêlement de flashbacks et de scènes dans le présent soutient un rythme efficace. L’ambiance visuelle, travaillée par les cadrages originaux et la postproduction, est celle d’un conte (le petit chaperon rouge ?). Enfin, l’ultime performance de l’actrice allemande Monica Bleibtreu, décédée peu après le tournage, se situe finement à la frontière de la folie et de la lucidité. »