






« Distingué à Cannes par le Grand Prix de la semaine internationale de la critique en mai dernier, le second film réalisé et écrit par Jeff Nichols fait partie de ces productions dont l'avenir est impossible à prédire tant il s'écarte des sentiers battus.
Curtis LaForche (un Michael Shannon excellent de justesse) mène une gentille petite vie de famille conciliant son travail sur le chantier et l'éducation de sa fille muette jusqu'au jour où il se retrouve victime d'incessants cauchemars. Tout comme le héros insomniaque, le spectateur ne pourra se décider à attribuer une signification claire au vol de ces oiseaux au comportement hors du commun, aux visions de la fille muette sujette aux persécutions de silhouettes plus ou moins identifiables ou autres hallucinations éveillées qui installeront une atmosphère oppressante et feront rapidement basculer le film dans "une inquiétante étrangeté".
Extrêmement déstabilisant, "Take Shelter" plonge son audience dans un doute permanent à cause de l'hermétisme de son personnage principal, de sa paranoïa obsessionnelle pour une tempête dévastatrice (véritable leitmotiv du film) dont il semble être le seul à saisir l'imminence et de son impuissance face aux événements qui l'accablent.
Confusion des registres génériques également, tant il est difficile, au fur et à mesure que la narration se développe, de catégoriser le film. Film catastrophe? drame psychologique? film d'horreur? film d'art et d'essai?
Seule certitude, Take Shelter offre un panel d'émotion impressionnant, on passe de l'empathie à l'angoisse, de l'excitation à l'ennui, de la curiosité au ras-le-bol, de la contemplation à l'impatience, offrant une véritable expérience comme il nous en arrive pas souvent au cinéma.
On reste rivé à son siège, malgré les frustrations occasionnées par des temps morts pesants. Ceci grâce à la prestation excellente des acteurs (Jessica Chastain, Michael Shannon tout comme les personnages secondaires) et à la mise en scène venant épouser la sobriété du jeu d'acteur. »