






« Un fait divers banal aux ramifications multiples, des hommes politiques en posture délicate, de gros intérêts financiers en jeu, et un fond de scandale concernant les sociétés privées de sécurité privées actives en Irak, histoire d’actualiser le propos, tous les ingrédients semblent réunis ici pour offrir au spectateur un thriller vu et revu. Et pourtant, State of Play, fort d’un scénario habile et d’un casting surprenant parvient à transcender véritablement son sujet pour tirer un portrait sans concessions des médias et du pouvoir qu’ils exercent dans notre société.
Dans State of play, ce ne sont en effet pas les policiers qui mènent les enquêtes, mais bien les journalistes, parfois au mépris de toute prudence ou éthique, poussés qu’ils sont par la nécessité de vendre de la sensation au lectorat. A l’heure des blogs et de l’information instantanée, le phénomène tend à s’accroître encore : on ne compte plus aujourd’hui les conclusions hâtives et explosives qui se répandent sur la toile comme des traînées de poudre, et qui se voient démenties quelques jours plus tard par des enquêtes plus poussées, inaptes toutefois à éteindre les flammes. L’affaire demeure bonne pour le journal : les gens attirés par le scandale achètent l’information, et oublient qu’ils sont trompés, alors que les conséquences pour les personnes concernées se révèlent graves. Il s’agit donc d’un mécanisme bien huilé, aux enjeux multiples, et dont les rouages sont décryptés ici avec une grande netteté.
Malgré un ton parfois un peu manichéen, McDonald fait ainsi preuve de lucidité, en renvoyant chaque acteur de la scène médiatico-politique à ses propres contradictions, qu’il s’agisse du politicien mielleux incarné par Ben Affleck, du journaliste désabusé et vieillissant joué par Russell Crowe, ou de la rédactrice en chef à l’affût du profit immédiat interprétée par l’inénarrable Helen Mirren. Tous finiront avec du sang sur les mains, victimes de leur propre orgueil et pourtant loin d’un quelconque repentir.
Pour saisir toute la violence de ce milieu de requins, McDonald a choisi avec raison de maximiser les plans tournés caméra à l’épaule, apportant ainsi une tension qui ne décroit pas de tout le film. La rédaction du journal, avec ses passerelles surplombant les open-spaces et ses bureaux vitrés, véritable industrie du contrôle, appelle aussi des éloges pour son réalisme et son atmosphère oppressante.
Voici donc un thriller bien malin, qui saura assurément réconcilier autour d’un même écran les spectateurs aux attentes les plus diverses en ce début d’été.
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