






« Shelter a tout d'un honnête divertissement formaté pour frissonner: des morts mystérieuses, des images chocs, des courses-poursuites dans la nuit, un soupçon de mystère religieux voire occulte mis à mal par des avancées scientifiques, des grands sentiments, un final convenu dans la structure, mais plutôt inattendu dans la forme, bref, le thriller lambda.
Malgré une intrigue efficace - le développement du personnage complexe de Jonathan Rhys Meyers est franchement bien maîtrisé - le film traîne une impression de déjà-vu une fois le générique terminé. La figure de la scientifique sceptique qui ici est également une femme de foi, apporte une nouveauté à la très classique structure "spiritualité vs.science " dans le cadre d'un thriller occulte, mais d'autres éléments (les sorciers limite grotesques de la montagne, les blessures mystiques en forme de croix...) n'ont rien de particulièrement original. L'opposition foi/athéisme mettant en scène des âmes perdues paraît donc fort usée.
On ne trouvera par ailleurs pas de morale dans cette opposition. Mans Marlind rejette en effet une lecture "sermon" et pro-chrétienne du scénario: le réalisateur, lui même athée, voit dans cette histoire avant tout la nécessité de rester ouvert d'esprit pour s'épanouir pleinement et aller de l'avant, une qualité que le personnage de Julianne Moore ne possède pas au début du film puisqu'elle est confortée dans ses thèses scientifiques (elle rejette certains diagnostics, au grand dam de son père pour qui un scientifique se doit d'évoluer) comme dans sa foi (elle supporte mal que sa fille ne croit plus en Dieu). Un film qui devrait donc permettre aux spectateurs de pousser leur petite réflexion, mais ils seront sans doute trop occupés à se divertir au milieu de meurtres sordides pour y penser.
On soulignera également ici la performance sans faute des acteurs principaux, Julianne Moore est parfaite comme toujours, et Jonathan Rhys Meyer hypnotique et bluffant dans sa composition de différents alter-ego. Un excellent duo d'acteurs qui a très bien fonctionné à l'écran comme hors-caméra, au grand soulagement des deux réalisateurs suédois qui appréhendaient de devoir engager des "divas" lorsque les producteurs ont exigé au moins une tête d'affiche pour que le film se fasse.
Sympathique mais à vision unique.