






« Présenté à Cannes cette année, ce beau premier film atteste d'une certaine vitalité du cinéma palestinien, qui, s'il est
toujours loin de pouvoir s'auto-financer, comme en témoigne le générique, sait former des acteurs et des cinéastes courageux
et talentueux.
Car s'il faut du courage pour immortaliser sur pellicule le mur que le monde préférerait sans doute oublier, ou pour
apparaître à l'écran lorsque l'on vit dans la clandestinité, il faut bien du talent pour construire une histoire
captivante et crédible, qui dénonce des situations ignobles tout en évitant l'écueil de l'ambiguïté morale, hélas le gros défaut du récent "Paradise now".
L'excellente idée d'Annemarie Jecir consiste à imaginer ce que serait l'équivalent d'un "aliyah" (la décision pour un juif
d'émigrer en Israël au nom de sa religion) pour une palestinienne née à New York de parents réfugiés, mais désireuse de
renouer avec ses racines. Retourner ainsi une situation classique permet de mettre en
évidence le cynisme d'un état qui accueille de parfaits étrangers à tour de bras sur une base religieuse, tout en refusant
tout réel droit aux descendants de ses habitants originels.
La scène confrontant la propriétaire actuelle d'une maison à son héritière légitime, tout comme dans "News from home" d'Amos
Gitaï, résume d'ailleurs bien les problèmes que l'idéologie sioniste a provoqués, poussant des personnes que rien ne devrait
opposer à s'affronter.
Une autre qualité du film réside dans sa capacité à transmettre, à l'aide de cadrages étudiés et de lumière bien dosée, la
petitesse du territoire palestinien, et à fortiori l'absurdité des barrières qu'on y dresse. Cette mer, que l'on sent si
proche à Ramallah, que l'on aperçoit des collines, et qui pourtant demeure inaccessible, symbolise bien l'idée de paix, à la
fois impossible et à portée de main.
Enfin, et même si on pourra peut-être accuser la réalisatrice de forcer le trait, sa peinture effrayante de la société
Israélienne, où colons armés jusqu'aux dents et fondamentalistes juifs se promènent librement, alors que l'on ne peut pas
faire trois pas sans se voir contrôler pour peu que l'on arbore un teint basané et que l'on ne parle pas hébreu sonne plutôt
juste, en particulier lorsqu'on écoute les récits des visiteurs qui en reviennent.
D'ailleurs, plutôt que comme un témoignage objectif, mieux vaut considérer cette fiction comme un excellent encouragement à
garder ses oreilles ouvertes et sa conscience éveillée, et pourquoi pas à visiter ce(s) pays si unique(s), pour y mesurer la
réalité de ses propres yeux. Par: Xavier Reymond »