






« La première image laisse présager une œuvre maîtrisée et intéressante : un long plan serré sur le visage de Hamdi, éclairé tout en contraste sur un fond verdâtre et froid. Si cette entrée frontale et prenante suscite un réel enthousiasme quant au film à venir, on se rend bien vite compte qu’elle ne tend qu’à donner le ton immuable du film. Le rythme est incroyablement lent, les personnages sont ennuyés, inactifs, seuls. Il n’y a que la présentation du personnage principal qui se déroule rapidement : Hamdi est perruquier, souffre désespérément de solitude, est atteint d’une maladie incurable et devient obsédé par une femme venue vendre ses cheveux à son magasin. Cette situation de base est posée dès les premières minutes, laissant les deux heures suivantes la faire évoluer, sans rupture de rythme, recherche d’action, débordements d’idées, ou la construction d’un propos cohérent.
Malgré la volonté de faire tenir le récit par l’absurdité, celui-ci en devient finalement davantage invraisemblable à mesure qu’il se focalise sur cette approche. Le problème de ce paradoxe évident se situe dans le traitement même de l’absurde. Le non-sens ne vient en effet pas en contradiction avec la réalité sociale représentée, mais s’y insère sans décalage et sans poésie, ne produisant de fait pas l’effet désiré. L’absurde paraît donc presque invisible et n’est assurément pas l’élément qui retient l’attention. De cette constatation en résulte un propos flou : le film se positionne-t-il uniquement comme une œuvre absurde ? Se déroulant à Istanbul (bien que la ville et ses habitants ne soient pas directement identifiés) propose-t-il un discours ou une réflexion sur la Turquie actuelle?
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