






« Le documentaire est un genre commun aux cinéastes et aux journalistes. Si Marina Zenovich y recourt dans son biopic sur Roman Polanski, c’est pourtant contre le discours journalistique qui a tant nui au réalisateur pendant son procès, quand les plus grands quotidiens le décrivaient abusivement comme un violeur et un fugitif. « The truth couldn’t fit in the headlines » sous-titre le film pour se placer d’emblée aux antipodes de la presse malhonnête.
Si les journalistes grossissent en scandales les moindres événements, qui détient la vérité ? Qui est habilité à se prononcer sur un cas complexe comme celui de Polanski ? Sûrement pas le juge de l’époque, qui manipule les rouages de l’incrimination. En effet, Maître Rittenband élabore un véritable scénario à l’intention des avocats de chaque partie, pour donner au procès l’issue qui lui convient le mieux. Marina Zenovich montre éloquemment les démarches illégales que multiplie ce magistrat avide de publicité. La sortie de son documentaire aux États-Unis (2008) apporte suffisamment d’éléments nouveaux pour relancer le procès, dont l’issue reste aujourd’hui en suspens. Dans cette étrange affaire où la cinéaste joue au magistrat tandis que le juge se prend pour un scénariste, comme si les champs juridique et artistique s’interpénétraient, on ne sait plus qui écouter.
Cherchant avant tout à dissiper ce trouble, la réalisatrice s’efface habilement derrière les témoignages et les pièces d’archives. Ayant travaillé pendant cinq ans à la récolte des données et à la réalisation du film, elle s’efforce de nous exposer les faits dans leur plus rigoureuse exactitude. Véritable juré, le spectateur reste libre de décider à quel point Polanski est coupable ou innocent. Cependant, toute œuvre d’art – et ce documentaire en est une – construit du sens et réinvente la réalité qu’elle décrit, et c’est tant mieux : si Zenovich restait strictement factuelle et objective, elle nous ennuierait vite. Or chaque séquence porte la marque de son travail, au point que les images d’archives semblent tournées par elle ! »