






« Est-il utile de dire ce que tout le monde sait déjà au sujet de la plus grande sortie américaine de l’été ? Oui, tout le monde le sait déjà, parce que tout le monde a déjà vu ce film, tout le monde a déjà, et sans doute plus d’une fois, pris son pied devant des scènes de combats ahurissantes, devant des images luxuriantes, des effets à donner le tournis, et une histoire d’un preux prince et d’une jolie princesse, dont l’existence bascule parce que le monde est fait d’hommes machiavéliques et corrompus qui échouent et d’hommes droits et vertueux qui sauvent le monde. Sur leur chemin, une romance, évidemment (bien que, pour le coup, on aurait vraiment pu faire un peu plus hot – sans doute une question d’âge minimum légal), et toutes sortes de personnages hauts en couleurs, héros d’un jour, margoulin organisateur de courses d’autruches, traîtres, lâches, adjuvants ou obstacles à l’ordre du monde qui dépend tout entier de l’utilisation d’une dague magique capable de remonter le temps, soit l’arme « qui permettrait de régner en maître absolu sur le monde », l’objet de toutes les convoitises. Quoi ? Oui, en fait, on met du sable spécial dedans et il y a un bouton qu’on presse pour libérer le sable et ça fait Vroush !, le gars devient tout lumineux, il sort de son corps et on remonte dans le temps.
Oui, enfin, c’est mieux raconté dans le film. C’est même vachement bien foutu, il y a des trucs dingues. D’ailleurs, et je n’apprends rien aux amateurs, Prince of Persia est une adaptation d’un jeu vidéo ultra-connu, dont la première version, pour Apple II, est sortie à la toute fin des années 80. Dès lors on comprend mieux l’origine des acrobaties du Prince Dastan (Jake Gyllenhaal) : triples saltos arrière avec cinq vrilles pour éviter une flèche. Spectaculaire. N’essayez même pas de reproduire ça chez vous, sur vos télés avec vos manettes : là, c’est vraiment du cinéma.
Ce qui l’est moins, en revanche, c’est l’insipidité d’un film sans cachet aucun. Tout est si plat, tout est si prévisible. Et pourtant, tous les éléments du film épique sont réunis. Paysages somptueux, le glam de personnages de sang bleu, épées, mérite, courage et beauté. Et la question n’est pas celle de vouloir fabriquer un spectacle tout public et de cartonner au box-office. Non, ce n’est pas le genre qui coince ni même l’esprit que sous-tend une telle entreprise. Prince of Persia manque réellement, et cruellement, d’un je-ne-sais-quoi, d’une touche d’inventivité, d’une profondeur que le travail des infographistes aurait largement mérité. Hélas les personnages sont des caricatures, dotés d’une psychologie monochrome dans un récit monolithique. Dommage, parce que l’image, elle, n’est pas en reste, si bien qu’on ne peut avoir que l’impression que les auteurs du film sont passés, peut-être par péché de prudence, à côté d’un potentiel bien réel. Mais, en fin de compte, l’enjeu de l’histoire se résume à la réussite d’un saut périlleux. Le reste est tellement formaté, vu et revu, qu’on l’aura oublié comme on aura jeté son sachet vide de popcorn en quittant la salle. »