






« Un long métrage peut-il se nourrir d’un seul thème ? Nous en doutons, à moins peut-être que l’œuvre en question ne prenne un parti esthétique très original. Mais ce n'est pas le cas de Possession. Le film d'Eric Guirado est monomaniaque, tout entier consacré à la convoitise. Il n’y a pas une scène qui ne nous fasse ressentir, par un détail de l’image ou du dialogue, la jalousie prolétarienne de Marilyne (Julie Depardieu) et de Bruno (Jérémie Renier), fraîchement débarqués dans un riche village de Haute-Savoie.
L’histoire s’appuie sur un fait divers authentique : un locataire en colère finit par tuer la famille de son propriétaire savoyard. Sans doute pour affirmer cet ancrage dans la réalité, Guirado choisit de conserver une image brute, peu esthétisée, qui montre les chalets luxueux et les grosses voitures des nantis dans toute la crudité écœurante de leur ostentation. Seuls quelques beaux moments de répit, dans la nuit des montagnes, présentent en contrepoint le paysage sous un angle onirique et apaisant.
C’est bien vu, mais ce n’est pas suffisant. Le sujet méritait un traitement plus profond, plus nuancé. Pourtant, de vives ellipses donnent un rythme prenant au fait divers et les horreurs commises par Bruno nous remplissent d’ambivalence : sans pouvoir cautionner ses actes, nous nous sentons incapables de haïr le personnage. »