






« La Brigade de Protection des Mineurs (BPM) ou celle que les autres services de police se plaisent à surnommer la « brigade des biberons » est au coeur du dernier film de Maïwenn Le Besco. Un qualificatif bien péjoratif pour ces hommes et ces femmes qui ont pour affaires quotidiennes les maltraitances sur mineurs, les viols et les cas de pédophilie. Un bébé secoué? C'est eux. Une fugue, un inceste? C'est eux. La tentative de suicide d'un ado? C'est encore eux. Là où le mineur peut être considéré comme victime ou exploité, la BPM intervient.
La première des qualités qu'il faut reconnaître à ce troisième long-métrage de Maïwenn est celle d'avoir réussi à introduire de nombreuses scènes pleines d'humour, où les personnages se chicanent et dédramatisent les situations par le rire. Sorte de recette pour tenir debout et continuer leur travail au coeur d'affaires souvent pénibles et sordides. L'humour comme politesse du désespoir. La cinéaste réussit ainsi ce pari difficile d'alterner avec habileté moments drôles et moments déchirants, et ce, avec souvent beaucoup de justesse et de nuances, là où il était pourtant très facile de tomber dans des lieux communs.
On relève ensuite l'esprit de camaraderie palpable que la cinéaste a réussi à installer entre ses acteurs. Renforcé par un montage rythmé et une caméra très libre qui laisse toute sa place au jeu des acteurs, Polisse s'impose ainsi, dès ses premières minutes, comme un film plein d'énergie et de vie, dans lequel on entre naturellement, avec des personnages attachants, gouailleurs et un rien franchouillards. Une réalisation qui cherche ainsi d'abord à capter des moments de vérité, et ce sans se soucier d'une mise en scène carrée, systématique et coordonnée.
Les 150 heures de rushs qui conduisent ensuite à un film de 2h07 laissent toutefois pointer une faiblesse consécutive à ce style de réalisation: l'ensemble est foisonnant et part un peu dans tous les sens. On regrette en effet la manière dont le scénario finit par tourner en rond et à s'éparpiller en une succession d'anecdotes, de faits et d'affaires. Il lui manque une ligne narrative plus affirmée qui fasse réellement avancer l'histoire. En outre, on sent que la réalisatrice aimerait s'arrêter sur chacun de ses nombreux personnages et les développer les uns après les autres, ce qui ne fait que compliquer l'ensemble et rendre l'histoire plus dispersée.
On notera encore la belle prestation, en grande gueule fragile, de Joeystarr, de plus en plus présent au cinéma depuis ces trois dernières années: Passe-passe de Tonie Marshall, l'Immortel de Richard Berry ou encore Le Bal des actrices avec déjà Maïwenn, pour qui la cinéaste a avoué avoir réalisé Polisse: « Ce film je l'ai écrit pour lui. Il a été mon moteur et ma muse. De plus, j'avais envie de le surprendre, et qu'il soit fier de moi ». Après, on se demandera quand même s'il faut vraiment passer par ces scènes lacrymales pour donner une crédibilité à un acteur peu habitué au registre dramatique... Le procédé, comme il a pu être utilisé avec Dujardin dans Contre-enquête ou Jamel dans Angel-A par exemple, laisse quand même un peu dubitatif. Trop attendu, voire superflu. A vouloir tellement mettre en avant un acteur dans un jeu en contre-emploi, on risque surtout, au final, de desservir le propos du film. Reste qu'il s'agit là d'un détail sur lequel il ne vaut pas la peine de s'arrêter plus longtemps. Point, et à la ligne. »