






« Nous avons déjà pu remarquer que le cinéma italien actuel pouvait être extrêmement déprimant (on citerait par exemple le désespérant Vento di Terra de Vincenzo Marra, 2004), abordant des situations de vie difficiles ou narrant des destins dramatiques ou misérables. Pietro de Daniele Gaglianone se situe dans cette même lignée, prenant comme personnage principal un homme un peu simplet (sur)vivant difficilement dans une banlieue triste et habitant dans un appartement délabré avec un frère paumé comme unique entourage.
Le récit s’attache donc à suivre le rythme quotidien de Pietro, entre les trajets en bus, les railleries en tout genre et son travail ingrat. Le ton est froid, triste, sombre, misérable, ne donne pas la moindre envie d’esquisser le plus petit des sourires, si ce n’est peut-être de pitié ou de dépit. Difficile donc de s’attacher à ce film, à cette situation sans espoir, et encore moins aux personnages, dont aucun ne peut se targuer d’une vie honorable. Si de ce point de vue, le film est réussi car fait ressentir aux spectateurs la détresse de la situation, une certaine accumulation de pathos, sur la fin notamment, l’empêche d’être totalement satisfaisant. Cet aspect est fort dommageable car le réalisateur propose formellement des idées intéressantes, apportant un contrepoint à la portée réaliste affichée par le film. L’effet le plus frappant, pertinent bien qu’il aurait pu davantage être développé, est le jeu régulier avec la mise au point lors des plans, traduisant les malaises ressentis par Pietro. L’image se floute, en gardant le même cadre, puis refait le point, sans que le déroulement de la scène ou le jeu des acteurs en soit « altérés ». Ces plans « subjectifs » viennent en complémentarité avec les plans ordinaires du reste du film, magnifiquement composés et photographiés.