65th Cannes Film Festival
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Pietro

Poster - Film Pietro
1h22 · Drame
Réalisé par Daniele Gaglianone
Avec Fabrizio Nicastro, Pietro Casella et Francesco Lattarulo.
« Dans une banlieue anonyme, Pietro travaille au noir en distribuant des prospectus; il vit dans un appartement délabré, laissé par ses parents, avec son frère Francesco - sa seule famille. Mais leur relation n'est pas facile. Drogué, Francesco est inséparable de son «ami» dealer, NikiNiki, et d'une bande de copains. Pour conserver un lien avec Francesco, Pietro doit accepter le rôle de «bouffon attardé» qui lui a été attribué; chaque jour, en plus des abus de pouvoir de son chef, un homme violent et louche, il doit subir les outrages de la bande. Les choses semblent s'améliorer lorsqu'il rencontre une jeune fille au travail... mais ce n'est qu'une illusion. Au cours d'une soirée, Pietro présente son amie aux copains de son frère. La fête tourne mal. Les événements mettront le feu aux poudres, provoquant la réaction de Pietro. »

Critique par Nicolas Wittwer – Cinema.ch

« Nous avons déjà pu remarquer que le cinéma italien actuel pouvait être extrêmement déprimant (on citerait par exemple le désespérant Vento di Terra de Vincenzo Marra, 2004), abordant des situations de vie difficiles ou narrant des destins dramatiques ou misérables. Pietro de Daniele Gaglianone se situe dans cette même lignée, prenant comme personnage principal un homme un peu simplet (sur)vivant difficilement dans une banlieue triste et habitant dans un appartement délabré avec un frère paumé comme unique entourage.
Le récit s’attache donc à suivre le rythme quotidien de Pietro, entre les trajets en bus, les railleries en tout genre et son travail ingrat. Le ton est froid, triste, sombre, misérable, ne donne pas la moindre envie d’esquisser le plus petit des sourires, si ce n’est peut-être de pitié ou de dépit. Difficile donc de s’attacher à ce film, à cette situation sans espoir, et encore moins aux personnages, dont aucun ne peut se targuer d’une vie honorable. Si de ce point de vue, le film est réussi car fait ressentir aux spectateurs la détresse de la situation, une certaine accumulation de pathos, sur la fin notamment, l’empêche d’être totalement satisfaisant. Cet aspect est fort dommageable car le réalisateur propose formellement des idées intéressantes, apportant un contrepoint à la portée réaliste affichée par le film. L’effet le plus frappant, pertinent bien qu’il aurait pu davantage être développé, est le jeu régulier avec la mise au point lors des plans, traduisant les malaises ressentis par Pietro. L’image se floute, en gardant le même cadre, puis refait le point, sans que le déroulement de la scène ou le jeu des acteurs en soit « altérés ». Ces plans « subjectifs » viennent en complémentarité avec les plans ordinaires du reste du film, magnifiquement composés et photographiés.
Un second effet formel à souligner est l’usage de coupes noires venant interrompre pour quelques secondes le déroulement de certaines séquences. Si ce procédé n’est pas nouveau et est régulièrement observé, il insuffle ici un sens particulier au film, en misant sur la discontinuité visuelle des séquences. Cette rupture permet de garder à distance le spectateur, qui a ainsi constamment une position externe vis à vis du récit (celui-ci ne jouant en rien sur l’identification ou l’empathie avec les personnages si ce n’est à travers les effets formels traduisant subjectivement les ressentis de Pietro). Cette position motivée du spectateur trouve sa meilleure réponse à travers les intertitres apparaissant à chaque nouvelle séquence et composés de paroles que les protagonistes diront lors du déroulement des scènes. « Mille cinque » par exemple est un de ces intertitres, qui ne jouent en effet pas sur la représentativité de la séquence à venir mais sont volontairement confus, attribuant ainsi un statut singulier au spectateur. Celui se trouve en effet en avance sur la narration - mais en possession d’éléments dont il ne peut tout de suite maîtriser la compréhension - alors même qu’il est rendu distant par les procédés formels. Un tour de force habilement maîtrisé par le cinéaste.

On retiendra également de ce film la prestation intensive des acteurs, qui donnent corps à ces personnages écorchés par la vie. Malgré des longueurs et un pathos quelque peu poussif, Pietro reste un film très correct et honnête, digne d’intérêts certains. 

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