





« Il est amusant de constater que la sortie en Suisse romande de La vie moderne du Français Raymond Depardon précède de quelques semaines seulement celle de Par monts et par vaux. Si le sujet des documentaires est semblable, il est traité d’une façon tout à fait différente. Le premier affiche un esthétisme très travaillé au point de pourvoir aux paysans filmés une aura cinématographique quasi-fictionnelle. Au contraire, le film suisse se pare d’une mise en scène sobre et se laisse bercer par le rythme de vie des paysans. La caméra devient en somme un réceptacle discret de leur réalité. On aperçoit alors, derrière une atmosphère enjouée et optimiste, les difficultés que rencontre les Kempf pour faire fonctionner leur entreprise familiale ; ils doivent se montrer polyvalents, organisés, solidaires et ascétiques pour espérer avoir de quoi survivre jusqu’à la fin de l’année.
En filigrane de ce combat de tous les jours, plusieurs grandes questions se posent avec incertitude: celles des relations intergénérationnelles, de la répartition du travail, de l’entraide, de l’héritage des terres, de l’amour de la propriété et enfin des difficultés de se faire entendre par le gouvernement lorsqu’on est “seulement” un petit paysan de montagne, alors que les grandes industries écrasent sans scrupule le marché.
Un très bon documentaire, malheureusement pas à la hauteur de La vie moderne, et qui va probablement souffrir injustement des futures comparaisons avec son jumeau français. Au-delà des goûts cinématographiques se dessine toutefois une œuvre engagée et intelligente, dont l’objectif implicite est de remettre en cause notre insubmersible société de consommation. Par: Hugo Lippens »