






« Vincent Patar et Stéphane Aubier collaborent depuis longtemps à la réalisation d’animations proches, dans l’inspiration, de Panique au village qui représente, de leur propre aveu, une sorte d’aboutissement. Ce long métrage constitue d’ailleurs la reprise peaufinée d’une série du même nom qui, diffusée il y a dix ans sur Canal, avait compilé les premiers prix de festivals. Cependant, le transport de personnages taillés pour le sketch dans un récit d’une heure et quart ne va pas sans heurts.
À l’heure où la révolution numérique semble définitivement établie dans le cinéma d’animation, des artistes reviennent à des techniques traditionnelles comme le stop-motion. Ni rétrogrades ni nostalgiques, les auteurs de Panique au village préfèrent le bricolage filmique d’une prise de vue image par image aux prouesses graphiques de la synthèse. Leurs héros animés s’incarnent dans les jouets d’antan – personnages en caoutchouc, petites voitures, etc. – que les enfants ont délaissés à la faveur d’autres modes venues du Japon, ce qui est aussi vrai des anciennes techniques et esthétiques d’animation. Ces jouets se meuvent dans le décor soigné d’un village enfantin où tous les objets récupérés dans les brocantes et simplement juxtaposés devant la caméra créent des effets amusants de disparate et de disproportion.
Cet humour visuel se renouvelle, avec bonheur, tout au long du film. En revanche, le comportement farcesque des personnages, leurs raisonnements inconséquents et la lourdeur de leur accent belge – Benoît Poelvoorde compte parmi les doubleurs – sont trop peu imaginatifs pour nous amuser longtemps. Dans les épisodes qui formaient la série, cette dimension absurde n’avait pas le temps de s’essouffler. Dans le long métrage, au contraire, les blagues faciles et décalées que les protagonistes ne cessent de lancer perdent l’avantage de la surprise et, dès lors, tombent loin du spectateur. Malheureusement, le scénario repose sur le même principe explosif d’un nonsense à l’anglaise. Il manque d’enjeux pour développer des tensions et ne révèle aucune structure, en dehors d’un happy end conventionnel du type « un an plus tard ».
Pourquoi nous emmène-t-on au pôle Nord, au centre de la Terre, dans les entrailles d’un pingouin mécanique et dans une cité submergée de l’Atlantide alors que les deux maisons du lieu initial et leur poignée d’attachants villageois auraient suffi à développer un univers dynamique et cohérent ? »