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Operation Libertad

Poster - Film Operation Libertad
Sorti le 30 Mai 2012 · 1h31 · Drame
Réalisé par Nicolas Wadimoff
Avec Natacha Koutchoumov, Antonio Buíl, Laurent Capelluto, Stipe Erceg et Karine Guignard.
« En 1978, les GAR - un groupe clandestin de la scène autonome genevoise - braquent une agence zurichoise de la banque SBS/SBG. Par l'entremise d'une camarade chilienne, employée comme femme de ménage au sein de la banque, le groupe apprend qu'un agent de la dictature paraguayenne apportait de l'argent sale à Zurich. Les GAR enlèvent alors l'agent et emportent plusieurs millions de francs. Un étudiant en art filme l'ensemble de l'opération avec une des premières caméras vidéo... »

Passage à l'action


Critique par Lydia Weyrich – Cinema.ch

Sur le mode du « found footage », habituellement utilisé pour les films d’horreur (the blair witch project, paranormal activity), Operation libertad nous plonge dans un univers de fiction au style documentaire. Ceci se passe à la fin des années 1970 tandis que le protagoniste a une vingtaine d’années à cette époque et est étudiant en art. Il fréquente une bande de jeunes idéalistes de gauche qui rêvent de renverser le système capitaliste. Alors que ces derniers décident de passer à l'acte, il les suit caméra à l'épaule et nous entraînant ainsi, avec lui, dans cette aventure. Guidé par son regard, nous le suivons dans cette action d'abord excitante et finalement dramatique. Car ce groupuscule révolutionnaire a beau être plein de rêves, son inexpérience le conduit très vite à être confronté à de nombreux imprévus.

 

C'est dans ces moments que le narrateur nous amène à réfléchir avec lui à ce que seraient nos propres réactions face aux nombreux dilemmes rencontrés. En effet, ce n'est plus seulement le système capitaliste et sa corruption qui sont remis en question mais également les limites de l'engagement pour le contrer. Certes, l'action est nécessaire mais cette cause vaut-elle la mort d'un homme même criminel ? Et serait-il plus juste de s'y tenir jusqu'au bout ou plutôt de tenter de se sauver tant qu'il en est encore temps ?

Alors qu’un vent révolutionnaire se fait sentir à travers le monde, Laurent Wadimoff, tout en nous plongeant dans le passé, pose des questions brûlantes d’actualité. Il nous rappelle que, même en Suisse où les contestations indignées ont eu moins d'écho, de nombreux jeunes s'opposent à ce système inégalitaire et corrompu. Cependant, l'impuissance face à ce dernier nous plonge dans un désespoir partagé. Les relations entre les personnages s'enveniment, on ne peut plus ni se rattacher à l'idéologie ni à l'amitié. L'attente et la solitude nous tourmantent de questions.

C'est donc une fiction très engagée que ce réalisateur genevois nous présente. Plus connu dans le monde documentaire, il avait déjà traité du conflit israélo-palestinien, un sujet des plus polémiques. Pour Operation libertad, il est intéressant de signaler que les scènes ont toutes été tournées dans l'ordre chronologique, chose peu fréquente dans le monde du cinéma. Un des intérêts à réaliser le film ainsi était de plonger davantage les acteurs dans leur rôle de militants engagés. Chose réussie, car on peut saluer la performance de Laurent Capelluto - également présent dans Amour, le nouveau film de Haneke palme d'or au festival de Cannes 2012 - mais notamment celle de Karine Guignard, plus connue sous le pseudonyme de la Gale. La rappeuse lausannoise y fait ses premiers pas au cinéma dans un rôle qui lui sied à merveille.

Un petit bémol à ce film au style bien particulier: la deuxième partie a tendance à traîner en longueur, perdant ainsi le spectateur. Ce sentiment rejoint peut-être celui des personnages, perdus également, néanmoins les prémices de l'ennui qui se font ressentir ne devraient pas avoir lieu d'être dans une situation si angoissante.

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