






« Na putu compte parmi les nombreux films actuels qui s’intéressent à la pratique de l’islam dans des villes européennes sans prétendre imposer le moindre jugement. C’est sur le fondamentalisme des salafistes que s’arrête le regard de la Bosniaque Jasmila Zbanic. Scénariste et réalisatrice, celle-ci filme l’histoire d’un couple jeune – interprété par Zrinka Cvitesic et Leon Lucev – qui s’apprête à concevoir un enfant quand l’homme devient un fondamentaliste musulman. Cette conversion paraît artificielle, car brutale, sans hésitations ni remords. En revanche, le déchirement progressif du couple fusionnel – pensé par la réalisatrice comme un être unique doté deux corps – comporte toutes sortes de mouvements contraires d’amour et d’incompréhension qui le rendent crédible et touchant. Les contradictions qui habitent les sentiments de l’héroïne sont conservées jusque dans le dernier plan du film, laissant celui-ci partiellement – et utilement – irrésolu.
Vu comme l’histoire d’une rupture amoureuse, Na putu est un film humaniste et fin, qui présente des personnages encore blessés par les désastres de la guerre, à la recherche de structures soit familiales soit religieuses. Presque toujours, une des deux figures principales occupe l’écran, cadrée en plan suffisamment rapproché pour que la caméra saisisse chaque émotion. Vu comme une peinture de la communauté salafiste, relativement insignifiante en Bosnie-Herzégovine, le film apparaît comme une recréation documentée dont le point de vue reste méfiant. Ces musulmans sont peints en sectaires – quasiment au sens étymologique du terme puisqu’ils se retirent sur une île coupée du monde – dont l’endoctrinement est continuel. Les femmes, surtout, sont montrées dans toute l’horreur consentie de leur condition. Cependant, la réalisatrice fait partager à son spectateur une part des séductions inhérentes à la communauté fondamentaliste, dont la vie simple et l’absence totale de tensions tiennent de l’idylle et font oublier le temps de la guerre.
Na putu est en lice dans la section internationale du 60e Festival du film de Berlin. Grbavica, le précédent film de sa réalisatrice, a remporté l’ours d’or en 2006. Voyez notre page spéciale Berlinale. »