






Après la bonne surprise Take Shelter, Grand Prix de la Semaine de la critique l'an dernier, puis Grand Prix au Festival de Deauville, Jeff Nichols s’impose peu à peu comme un réalisateur avec lequel le cinéma d’auteur américain doit désormais compter. Son nouveau-né, Mud, nous narre l’histoire d’un jeune garçon et de son meilleur ami qui découvrent, sur une île du Mississippi, un bateau perché dans un arbre après une inondation. Voulant en faire leur repaire, ils vont vite déchanter, car un mystérieux fugitif en a déjà fait sa cachette. Les deux garçons vont alors aider cet étrange et magnétique personnage à retrouver l’amour de sa vie.
Filmé dans son Arkansas natal, le cinéaste américain déclare au sujet de son film qu'il parle essentiellement de la capacité que chacun peut avoir à supporter un amour non partagé. On retrouve ainsi, dans le prolongement de cette ligne rouge, certains thèmes de ses précédents films, comme la question de l’éclatement de la famille et du soulèvement de la nature. Une oeuvre solide, mise en scène avec talent et intelligence, et aussi esthétiquement réussie que sensible humainement. Mud se révèle ainsi une très bonne surprise de la fin de cette 65ème édition du Festival de Cannes. Sans nul doute, le film américain le plus abouti et le moins bancal ou inégal de la Compétition Officielle de cette année. Et ce qui ne gâche rien, le tout s'avère servi par une excellente interprétation : que ce soit le charme insondable de Sam Shepard, la justesse du jeune et prometteur Tye Sheridan (déjà à l’affiche de The Tree of Life l’année dernière) ou l’intensité toute rentrée de Matthew McConaughey, qu’on retrouve avec bonheur après sa prestation déjà fort convaincante dans The Paperboy (de Lee Daniels), également en lice pour décrocher la Palme d’Or cette année.
Peut-être moins mystérieux et allégorique que Take Shelter, mais de bout en bout extrêmement maîtrisé et plus rythmé que ce dernier, Mud a, de surcroît, le fabuleux avantage et la qualité d’être en quelque sorte construit du point de vue de Ellis, l’enfant, ce qui permet au film de s'assurer une cohérence tout du long et d'infiltrer à son intrigue une fraîcheur, une spontanéité et une candeur absolument judicieuses.