






« Selon le réalisateur anglais Duncan Jones, dont Moon est le premier long métrage, les films de science-fiction sont moins nombreux et moins valorisés aujourd’hui qu’à l’époque qu’il définit comme leur âge d’or : les années 1970 et le début des années 1980 (Silent Running, Alien, Blade Runner, Outland…). En effet, nous n’accordons plus le même sérieux à la dimension philosophique de ce genre cinématographique qui est devenu frivole et qui se destine désormais à un public d’adolescents. Voilà pourquoi Duncan Jones cherche à retrouver l’esprit et l’esthétique des grands classiques de la science-fiction en abordant des questions profondes et en se référant à l’imaginaire futuriste des années 1970 pour la conception des décors. L’accent n’est jamais porté sur les effets numériques et la base lunaire adopte un design rétrograde. Ce futur-là est ainsi teinté d’une patine nostalgique !
Tout se passe d’ailleurs sur la Lune, un lieu auquel la mélancolie est traditionnellement attachée, où l’unique personnage Sam Bell – à qui l’acteur Sam Rockwell donne beaucoup de caractère(s) – regarde tourner la terre lointaine en attendant (vainement) de retrouver les deux objets de son bonheur, sa femme et sa fille. Le fond et le forme concourent donc à la même atmosphère triste. L’isolement de Sam est si pesant qu’il se dégrade en une quasi-folie qui donne rapidement une couleur psychédélique au film. Ce qui passe d’abord pour de la schizophrénie s’explique plus tard par la coprésence dans la base de clones aux souvenirs implémentés. Mais cette histoire de clonage, qui trouve au final une explication toute rationnelle, ne concerne qu’un premier niveau de lecture. À un second niveau, on peut comprendre les combats de Sam avec lui-même comme le dépassement douloureux d’un deuil traumatisant.
Voici donc un film susceptible de passionner non seulement les « geeks » de la science-fiction – et spécialement du sous-genre exigeant de la « hard science-fiction » – mais encore tous ceux pour qui les vaisseaux spatiaux et les grands effets spéciaux ne peuvent faire tout l’intérêt d’un film. Cette sidérante réussite n’aura coûté que cinq millions de dollars et trente-trois jours de tournages.
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