






« Ancien directeur de casting d'Haneke, l'autrichien Markus Schleinzer signe un premier film tendu et flegmatique sur la problématique de l'enlèvement, la séquestration et la pédophilie. S'il est courant de ramener celui qui commet de tels crimes à un monstre, le cinéaste choisit pour sa part de s'écarter de cette voie aussi évidente que prévisible. Il s'agit bien plutôt, pour lui, de montrer la banalité des apparences, la normalité que peut revêtir le quotidien d'un tel homme et de neutraliser ainsi ce mécanisme naturel qui nous pousse à fantasmer l'horrible pour l'éloigner de nous. Face à l'inconcevable, à l'horreur indicible, le premier réflexe est pourtant celui-ci: repousser toute éventuelle identification en fabriquant un monde et une identité imaginaire à cet Autre. Tracer en somme une démarcation ferme et franche entre « normalité » et « anormalité ». Or Schleinzer s'intéresse justement à la porosité de cette frontière, au caractère chimérique et construit du concept d'anormalité. Il apporte en somme de la nuance là où l'on souhaiterait qu'il n'y en ait pas.
L'absence de distance, qui est ainsi de fait introduite par ce type de mise en scène et de narration, prend d'ailleurs le risque de déstabiliser certains spectateurs qui s'attendraient avec un tel sujet – qui, en passant, rappelle immanquablement le cas récent de Nathalie Kampusch – à une condamnation ouverte de la pédophilie. Loin de sombrer dans une stupide et aisée provocation ou dans une forme de complaisance, le réalisateur attend du spectateur qu'il fasse lui-même son travail d’interprétation et de réprobation. Schleinzer préfère en effet ne s'occuper au fond que de montrer une série de faits, cliniquement, en écartant toute dimension émotionnelle et esprit de sensationnel. La mise en scène est de cette manière froide, objective, intensément descriptive et ne choisit d'adopter qu'exclusivement le point de vue du pédophile sans introduire jamais aucune instance de jugement, de morale ou d'éthique. Le gros plan est banni, les larmes coulent peu et la pudeur y est constante. La pire des violences est alors peut-être là: muette, qui ne s'entend pas, et qui finit pas tuer sa victime sans que celle-ci ait eu les moyens ou le temps de l'exprimer.
Malgré les qualités certaines de cette mise en scène extrêmement rigoureuse, cohérente et réfléchie, on peine toutefois étrangement à trouver un intérêt à ce film, si ce n'est celui de mettre le spectateur dans une situation inconfortable d'identification qui le pousse à casser quelques lieux communs qui circulent autour de la figure du pédophile. Mais ne sait-on pas depuis fort longtemps que ce dernier avance évidemment masqué, cherche à adopter les mêmes codes conventionnels, les mêmes rites sociaux, qu'il ne sue pas d'une perversité apparente et que ni une grosse moustache, la raie sur le côté, les cheveux gras, de grandes lunettes et un Duffle coat beige ne suffisent à l'identifier? Le film de Schleinzer a ainsi le défaut de ne rien ajouter à la complexité du sujet et de laisser le spectateur dans un état un peu quelconque – pour ne pas dire indifférent – à l'issue de la projection. »