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Margin Call

Poster - Film Margin Call
Sorti le 2 Mai 2012 · 1h49 · Drame
Réalisé par J.C. Chandor
Avec Kevin Spacey, Demi Moore, Stanley Tucci, Jeremy Irons et Paul Bettany.
« Thriller financier, Margin Call filme pendant une période de 24 heures les personnages clefs du début de la crise de 2008. Quand l'analyste Peter Sullivan découvre une information qui pourrait faire chuter sa firme, il en résulte des décisions sur les rouages d'une énorme mécanique dangereuse et impitoyable qui va faire bien plus que de transformer des simples chiffres. »

Transaction et Tragédie.


Critique par Aureliane Montfort – Cinema.ch

"Je comprends rien à ces chiffres, parlez-moi en anglais, comme à un enfant ou comme à un golden retriever" lance John Tuld (Jeremy Irons): Margin Call a beau être un long-métrage dont le titre, jargon des courtiers, évoque la fermeture d'une transaction en situation de perte, le film sera néanmoins vulgarisé pour le spectateur moyen qui ne sort pas de l'université avec une maîtrise en finances. Qu'on ne s'y trompe pas, le ton reste très adulte et assez technique, mais sobre. Et intense. Et quelle intensité.

Intensité à travers l'interprétation sans faille de tous les acteurs présents, une superbe brochette que le réalisateur Chandor n'avait même pas imaginée dans ses rêves les plus fous. Kevin Spacey livre comme d'habitude performance vibrante en trader vétéran dépassé par les évènements, Irons est excellent en salaud du capitalisme tout comme Bettany en loup de la finance glacé et cynique lançant des regards assassins. Quinto (Heroes, Star Trek), le regard acéré de vulcain dans le rôle de l'analyste tombé sur les terribles données, est parfait, tout comme Tucci, Moore, Baker et Bagdley.

Intensité dans la construction et le développement des personnages de courtiers écrits par Chandor: s'ils travaillent au dessus de la masse dans un gratte-ciel,  ce n'est pas pour contempler le peuple, mais pour pleurer la perte d'un chien, prier et  méditer sur le crash, faire face à la peur du vide et de la mort, ou dormir exténué au dessus de New-York, la ville qui, elle, ne dort jamais. Les golden boys sont faibles et humains. Et surtout prisonniers. Chandor regrettait un peu que son film soit présenté comme un thriller et soulignait lors de la conférence de presse de la Berlinale que Margin Call  était plutôt une tragédie. On notera en effet l'enfermement spatial type du personnage tragique dans sa tour du capitalisme ainsi que son enfermement temporel, car tout se joue dans une journée où il va falloir se débarrasser des paquets financiers des particuliers. S'ensuit une scène terrible, rapide, malhonnête, où le courtier - absent à l'écran, où seule la frénésie de Wall Street domine - liquide des montants astronomiques sans valeur à coups de mensonges, caché derrière son téléphone. Et puis il y a cette incapacité d'échapper à son destin, à un crash, à des chiffres presque toujours invisibles à l'écran, auxquels il faut se plier, obéir puis démissionner, un carton sous le bras, sous les yeux des survivants en sursis. La tragédie du courtier, prélude d'une tragédie à plus grande échelle.

Margin Call est donc un grand film indépendant. Chandor relevait l'ironie de devoir chercher de l'argent pour une telle production indie et surtout la chance d'avoir trouvé de si grands acteurs pour concrétiser son projet. Mais comme plaisantait le cast, les producteurs n'avaient pas les moyens d'investir dans des personnalités à l'égo surdimensionné.

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