






« Le Made in Dagenham de Nigel Cole s'inscrit dans la veine des comédies dramatiques sociales, un genre que les britanniques affectionnent tout particulièrement, que ce soit pour mettre en scène des chômeurs devenus strip-teasers (The Full Monty), un jeune danseur qui s'échappe à la grisaille des grèves minières (Billy Elliot), une fanfare essayant d'égayer les années Thatcher (Brassed Off) ou encore des quinquagénaires cherchant à récolter des fonds en posant nues pour un calendrier, (Calendar Girls, du même Nigel Cole). L'action de ce nouveau long-métrage est plantée en 68, dans le sud du pays et non pas dans le nord industriel, dans une usine Ford où tous les ouvriers, hommes et femmes, travaillent chacun de leur côté, soit dans le secteur de carosserie ou celui de la couture des sièges. Mais ici encore, les grèves ouvrières sont au centre de l'intrigue. La question étant, si les femmes font à leur tour la grève, les hommes suivront-ils?
L'accueil des Anglais a été très chaleureux et le film se profile déjà comme un des gros succès de l'année de l'autre côté de la manche, alignant les critiques enthousiastes et l'étiquette de "feel good" movie. Mais il ne faudrait pas résumer Made in Dagenham à ça. Oui, le film surfe sur la vague du 60's revival, c'est joyeux, ça twist, ça lance des regards d'oeil de biche, oui, les héroïnes sont fraîches, oui les hommes rétrogrades sont comiques, mais l'intrigue n'en reste pas moins grave et pousse à la réflexion. Les tristes destins de certains personnages sont d'ailleurs là pour rappeler le malaise ambiant de l'époque. Les amateurs de films légers et paquet de pop-corn s'en iront donc ailleurs.
Le genre très accessible est pour beaucoup dans le succès du film, l'avalanche inévitable de grands sentiments finaux aussi. Mais il ne faudra surtout pas oublier les performances des acteurs. Sally Hawkins excelle en petite ouvrière grisouille de rien du tout qui s'épanouit dans son rôle de leader, pour terminer en oratrice toute de pourpre vêtue. La jeune femme, lauréate d'un Golden Globe en 2008 pour Happy Go Lucky, confirme son talent. Bob Hoskin en "patron syndicaliste progressiste" et pudibond fait sourire, Rosamund Pike en femme de tête diaphane et effacée émeut.
C'est sympathique et ça illustre un pan de l'histoire des femmes et du féminisme de manière vivante et gaie . Et ça, c'est plutôt bienvenu. »