






« Que faut-il donc pour rendre un film culte ? Difficile de juger maintenant, puisqu'un tel statut ne peut être attribué que grâce à sa relation avec le public. Mais une chose est certaine : s'il y avait une recette miracle, ce serait Machete qui en serait le grand chef cuistot. Des cascades improbables, des hectolitres d'hémoglobine, de charmantes naïades, des Texans racistes, des répliques mémorables, des pectoraux en sueur, des motos, des flingues, le tout avec dérision. Et des Mexicains. Moustachus, les Mexicains.
Machete a une histoire qui ne manque pas de piment. Et là, je ne vous parle ni du scénario du film, ni de tortillas, mais bien de tout le processus qui a amené à la concrétisation d'un film basé sur le seul concept de donner une machette à un Mexicain. Ce qui reviendrait à prêter de la nitro à un malade de Parkinson. Les fières moustaches de Machete, Rodruigez les avait déjà en tête lorsqu'il réalisait Desperado. Un premier scénario était même déjà écrit. Certainement refréné par des producteurs peu enclins à faire l'étalage des spécialités de charcuterie hispanique, Rodriguez n'a toutefois pas abandonné. A de nombreuses reprises, tel un taulard parvenant à s'extraire d'Alcatraz, on a pu apercevoir Machete à l'occasion dans les différents opus de Spy Kids.
Mais c'est grâce à Tarantino que Machete va devenir le plus grand fantasme des amateurs du cinéma de série B. En effet, Grindhouse réunissait dans la version originale deux films, Boulevard de la mort et Planète terreur, qui étaient séparé par une série de bande-annonces parodiques tout aussi extrêmes que délirantes. Parmi celles-ci, deux minutes de pur bonheur, qui avaient suffis à enflammer, par exemple, le public réuni pour la première sur la Piazza Grande de Locarno. La légende de Machete était née.
Dès lors, il faut bien garder en tête que ce produit réalisé grâce à l'insistance des fans ainsi que de Dany Trejo est un cas unique dans l'histoire du cinéma : une adaptation d'une bande-annonce. Rodriguez le sait très bien, le spectateur averti connait déjà chacun des extraits présentés et se demande bien comment tous ces éléments peuvent bien s'agencer pour former une histoire. Commence alors un jeu composé d'attentes et de frustration entre le public et le réalisateur, qui devient particulièrement savoureux lorsque les scènes et les répliques tant attendues arrivent enfin.
Cette dimension intertextuelle se retrouve également dans le choix des acteurs. Celui-ci ne s'est pas fait arbitrairement, ni même en fonction de leur talent ou de leur pilosité. Non, rien de ceci. Ils apportent avec eux le bagage de leurs carrières, et y font référence plus ou moins subtilement à travers leurs rôles respectifs, parfois proches de l'autocritique. Dany Trejo, acteur ayant purgé une peine de prison pour trafic de stupéfiants, interprète ici un agent fédéral du Mexique (oui, ça existe) ; Lindsay Lohan devient une dépravée qui se drogue avant de finir légèrement vêtue et de se reconvertir ; et surtout, l'inénarrable Steaven Seagal nous revient avec son tout premier rôle en tant que super vilain démoniaque, une sorte de baron de la drogue mexicain se prenant pour un samurai. Si cette dernière phrase ne vous a pas fait décrocher ne serait-ce qu'un sourire, c'est que ce film n'est pas fait pour vous.
Car il faudra bien ça pour apprécier tous le piquant de cette parodie mais néanmoins hommage à un genre de film condamné à rester sous le feu des critiques. Rien n'est pris au sérieux, et encore moins le scénario ou le réalisme de certaines scènes. Du plaisir à l'état brut, dégoulinant de testostérone, durant lequel on s'amuse en constatant toute l'ingéniosité et l'imagination d'un barbare s'amusant avec tout et n'importe qui. De la même façon qu'un parent regarde d'un œil attendri sa progéniture expérimenter toutes les possibilités de son nouveau jouet. Il n'y a pas un plan dans lequel les personnages ne jouent pas les poseurs, pas un dialogue qui ne comporte pas sa phrase choc. Rodriguez est extrêmement généreux envers son public, pour peu que celui-ci le comprenne.
Si on paie un billet pour Machete, ce n'est pas simplement pour aller le voir, mais surtout pour passer une excellente soirée entre potes (qui se prolongera forcément après la séance) et de profiter d'une véritable interaction entre le film et le public. Comprenez par là qu'on rigole bien. Et c'est aussi ça, le cinéma. »