






« Après le très remarqué Mein Name ist Bach en 2003, la réalisatrice suisse Dominique de Rivaz revient aux affaires, émue par une coupure de presse décrivant certaines nouvelles pratiques commerciales en vogue de notre société, consistant à vendre son âme sur internet.
Loin de considérer ce fait divers comme une blague de potache, ou comme une réminiscence faustienne, elle s’est fixée comme tâche de réfléchir aux conséquences psychologiques concrètes que ce type d’action génère, et à donc conçu ce Luftbusiness, ou « commerce de vent » en français, comme une forme de laboratoire social.
Toutefois, ce n’est absolument pas un pensum philosophique ennuyeux que la réalisatrice tire de ce sujet. Son film se distingue par des touches burlesques qui rappellent certains films d’Emir Kusturica, et apportent poésie et légèreté à un récit qui aurait pu se révéler plutôt déprimant. De partout en effet transpirent la vie, l’humour et surtout la tendresse, dans l’attachement que le jeune clochard russe éprouve pour sa poule pondeuse, par exemple, ou dans l’affection que porte aux abandonnés de la rue une dame-pipi, qui prête ses locaux aussi bien pour l’hygiène corporelle que psychologique. De petites notes surréalistes, ou des exagérations subtilement absurdes, comme le nombre extravagant de chiens incontrôlables que Filou le vendeur d’âme tente de promener, loin de ridiculiser le propos, apportent une dose de mélancolie à une histoire dont la sécheresse apparente pourrait pourtant rebuter.
Enfin, il faut dire un mot des décors particulièrement soignés, qui transforment une réalité urbaine sordide en un univers rempli de possibilités, à la manière dont dans le film, Filou métamorphose un silence en solo de guitare. En particulier, la serre qui tient lieu d’abri à nos héros sans domicile fixe, véritable château de verre baigné par la lumière, parvient plus que de longs discours à nous faire pénétrer dans la psychologie des personnages.
Porté par des acteurs en état de grâce, ce Luftbusiness démontre à nouveau l’excellente santé du cinéma suisse romand (si on y parle allemand, le producteur est bel et bien lausannois) en ce début 2009.
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