






« Eagle Eye est construit comme n’importe quel film américain ; un jeune homme en proie au doute et au rejet doit s’émanciper et trouver en lui une force intérieure qui le poussera à dépasser ses limites, à affronter ses peurs. Tout l’optimisme à l’américaine remplit ce film. Pourtant le film fonctionne. Et c’est sans doute grâce à l’utilisation d’une voix surplombante. Une voix qui reprend les caractéristiques de ce que Michel Chion appelle un acousmêtre, une voix qui semble maîtriser le destin des personnages, qui les domine. L’acousmêtre est une voix qui possède des propriétés communes aux divinités, telles que l’omniprésence, l’omniscience et l’omnipotence. A croire que le scénariste avait lu Chion ! C’est clairement cette voix dont on ne connaît ni la source, ni la teneur, qui donne tout son intérêt au film, intérêt qui baisse dès le moment où l’on découvre le véritable rôle de celle-ci. Les personnages sont ainsi menés par ce monstre sans corps pendant les deux tiers de la production. A défaut de nous proposer un film exceptionnel, c’est une étonnante réflexion sur l’utilisation de la voix dans le cinéma contemporain que nous propose Eagle Eye. On regrettera néanmoins certaines aberrations scénaristiques – quand un métro change de direction, ses occupants ne réagissent jamais ? – ainsi que des longueurs et un montage des plus faibles qui rendent le film pataud par moments. Ainsi, loin de nous offrir un film révolutionnaire, le réalisateur se contente d’un objet certes intéressant, mais loin d’être ni passionnant, ni révolutionnaire. »