






« La vision d'un tel film est forcément chargée d'émotion, lorsqu'on sait qu'il s'agit de la dernière apparition à l'écran de Heath Ledger. Son décès prématuré a d'ailleurs contraint Terry Gilliam à remanier son scénario et à opter pour quelques astuces justifiant le remplacement par Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell. On a donc au total quatre excellents acteurs pour un seul et même rôle, à la fois une sorte d'hommage, mais aussi un concentré de talent. Les indices funestes sont souvent présents, comme par exemple ces cercueils flottant sur une rivière de pétrole, emportant des célébrités dans leur jeunesse. Impossible de ne pas y voir un rapprochement, et pourtant le réalisateur assure que cela faisait partie du script original. Etait-ce alors justement un rêve prémonitoire ? Comme toujours, le style déconcerte, la réalisation part dans tous les sens, est anticonformiste, tient en équilibre entre le rêve et la réalité, mais c'est bien là ce qui en fait le charme. L'imagination des quidams permet toutes les folies visuelles, laissant de côté toute cohérence, continuité ou logique. On s'y perd même un peu, à force d'hésiter entre plusieurs univers. Et parfois, on est à la limite du mauvais goût, mais c'est toujours rattrapé de justesse, quelques minutes plus tard, par des moments bien plus convainquant. Nul doute que le style divisera les spectateurs. Toujours est-il que le dénouement est plutôt étonnant, quand on connaît la filmographie de Gilliam. Comme un aveu, bien que forcé par les circonstances, que l'imagination ne peut pas toujours se soumettre à la réalité. Cela apporte une nouvelle dimension à cet ensemble foutraque, ce condensé d'énergie à l'état brut, qui se cherche, et qui trouve finalement une conclusion simple mais juste. Et Heath Ledger, comme un ultime salut, disparaît en sautant dans le miroir. »