






« C'était il y a douze ans. Michael Haneke arrivait à Cannes avec sa première version de Funny Games (suivra celle de 2007), des acteurs quasi inconnus, un réalisateur qui ne l'est pas moins pour beaucoup de non-cinéphiles. Et paf! Le pavé dans la mare. Génial, osé, subversif, plein de talent, une petite bombe. Puis, se sont succédés des films comme La Pianiste ou Caché jusqu'à ce Das Weisse Band. Avec ce dernier, on change profondément de décor : terriblement austère, c'est celui de la campagne allemande au début du siècle passé. Le film est en noir-blanc et l'atmosphère peut faire parfois penser à du Bergman.
Et c'est peut-être la réaction du public qui va le mieux permettre de parler du film. D'abord, des soupirs. On peine un peu à rentrer dedans, on ne voit pas très bien où tout cela va nous mener et c'est vrai que cette ambiance profondément protestante au fin fond d'un village de l'Allemagne du Nord, c'est pas sexy, sexy. Puis, les situations se mettent en place, une tension dramatique se fait sentir, les dialogues sont superbes, tranchants, pas un mot de trop. Une violence verbale rarement atteinte au cinéma, on est heureux, on est bien, le public respire et le film accroche.
On songe peut-être même une Palme d'Or ici à Cannes. Mais c'est aussi parce qu'on ne sentait pas venir la fin. La voilà, elle est rapide, soudaine et le générique arrive subitement sous nos yeux. On se dit que c'est trop bête, qu'on aurait aimé avoir le fin mot sur un certain nombre de choses, que plusieurs situations restent irrésolues, inabouties. L'impression qu'Haneke a quand même peut-être poussé le bouchon un peu loin à vouloir tellement nous laisser dans l'expectative. On en ressort donc avec la tête pleine de questions, un sentiment d'inachevé. Bref, un goût amer même si le repas fut par moments succulent. »