






« C'est au Havre que le réalisateur finlandais Aki Kaurismaki a décidé, cette fois-ci, de poser sa caméra pour le film du même nom. Soit l'histoire de Marcel Marx, cireur de chaussures à la personnalité singulière (comme la majorité des personnages d'ailleurs), qui va faire la rencontre d'Idrissa, enfant clandestin venu d'Afrique qui a pour dessein de traverser la Manche et de rejoindre sa mère en Angleterre.
Imagerie vintage, doucement nostalgique d'une France des années 50, aux couleurs souvent chaudes et saturées comme chez Jeunet et aux éléments de décors surannés, Le Havre est mollement poétique et désespérément optimiste. Les acteurs surjouent (ou déjouent, on ne sait plus comment dire), le pathétique des situations et des répliques y est roi, et les sentiments n'ont comme option que d'être ou nobles, ou malveillants. Fable semi-réaliste qui condamne angéliquement une société policière, elle se veut une sorte de critique engagée d'un monde qui ne tourne plus rond et dans lequel la crise économique fait rage, suscite l'immigration et, avec elle, divers problèmes politiques et moraux. Mais heureusement, Kaurismaki semble avoir trouvé le remède, la panacée à tous ces maux, la solution miracle: il s'agira rien moins que de faire preuve de fraternité. Valeur chère à un pays comme la France où les personnages ne peuvent s'appeler que Yvette, Monet et Arletty... Tout le monde met alors ses efforts en commun et grâce à cette belle notion qu'est l'entraide, le cynisme généralisé semble avoir les moyens d'être vaincu. Pays de Bisounours, quoi.
Le Havre se serait au fond bien passé d'un tel propos banal et d'une universalité un peu niaise, et aurait peut-être eu meilleur temps de s'attarder sur un petit drame social sans prétention au coeur de cette ville aux accents désenchantés. Le film est du coup pris entre, d'une part, une légèreté et un doux décalage et, d'autre part, une gravité solennelle qui lui sied bien mal. Fable onirique, naïve et un peu agaçante, gâchée par un ton dramatique inadéquat et affecté. Kaurismaki désole un peu et manque carrément de panache et de pénétration avec ce dernier film. On repassera.