






« Le Dernier Vol est un film sur l’abandon », résume Guillaume Canet. Plus qu’un thème, l’abandon est un mouvement que sert la structure en decrescendo du métrage. D’abord entourés d’un contingent entier de Touaregs et de méharistes français, les deux héros se retrouvent de plus en plus esseulés parmi les dunes du Ténéré. Même leurs dromadaires meurent ou s’échappent. La piste qu’ils suivent finit elle aussi par disparaître, si bien que leur recherche tourne à l’errance. Au fil du film, les images du réalisateur Karim Dridi et du chef opérateur Antoine Monod se remplissent de désert.
Ainsi, « Dernier vol » – qui commence comme une romance historique toute classique – suit un mouvement contraire à celui d’un film de genre traditionnel. Au lieu de s’accélérer jusqu’au dénouement, il s’allège et ralentit sans déboucher sur la moindre résolution (en dehors d’un épilogue, donné en surimpression juste avant le générique). Les sentiments réciproques de Marie et d’Antoine ne débouchent pas non plus sur le paroxysme amoureux d’une déclaration passionnée ou d’une union sensuelle. Le seul échange physique est celui d’un baiser, donné dans un moment d’épuisement.
Ces partis pris de pudeur et d’allègement progressif ne manqueront pas de décevoir certains spectateurs, déroutés dans leurs attentes. Pourtant, l’amour qui naît entre les deux protagonistes ne manque pas de force. Loin des stéréotypes, dénué de sexualité et vide de projets, il reste pur sans jamais verser dans le moindre sentimentalisme. Au contraire, Antoine et Marie ne s’adressent ni paroles douces ni regards attendris. Dans leur cas, s’abandonner l’un à l’autre résulte d’une épreuve longue et douloureuse, qui les emporte au-delà de toute barrière psychologique. « Pour moi, commente le réalisateur, le film pose la question existentielle de ce qu’est la différence entre le désir d’aimer et l’amour véritable. »
Très esthétisé, le paysage est saisi dans toute la variété de ses formes et de ses couleurs, produisant des images belles et contrastées, souvent picturales. Le format scope – horizontalement étiré – souligne la vastitude des grands espaces dont les personnages scrutent inlassablement l’horizon à la recherche du pilote disparu. Quant à la musique, elle croise des influences orientales et occidentales, et contribue à l’originalité artistique du film. Ce qui, en revanche, finit par agacer, c’est le ton invariablement solennel des acteurs principaux. Marion Cotillard, dans le rôle d’une femme héroïque aux idées fixes, et Guillaume Canet, dans la peau d’un humaniste ayant perdu toute illusion, sont toujours graves et profonds. Mais leur aridité colle bien, en définitive, avec celle du Ténéré qui, capable de caprices et habité de mystères, dépasse sa fonction de cadre géographique pour remplir celle d'un actant, sinon d'un véritable acteur.