






« « Au commencement, il y a une route » nous indique la voix over, celle de Depardon. Il n’y a pas d’autre alternative à la route pour rejoindre ces paysans que le réalisateur filme avec une très grande pudeur et une sympathie teintée de mélancolie. A l’aide d’une équipe très réduite puisque composée de lui-même et de son ingénieur du son, Depardon nous offre un film simple et complexe, un film à la recherche de la France qui survit, loin des problèmes futiles d’un président omniprésent. C’est en sillonnant les contrées reculées du sud de la France que nous découvrons, personnage après personnage, des hommes et des femmes qui, très souvent, se sont battus des années pour conserver le peu qu’ils possédaient, battus pour permettre à leurs enfants de s’en sortir, battus parce qu’ils aimaient leur métier, même si celui-ci ne le leur rendait pas. La vie moderne c’est également la rencontre difficile entre la ville et la campagne, entre une tradition qui se perd et les exploitations gigantesques des plaines, qui, même si elles ne sont jamais montrées ni même mentionnées, sont présentes en filigrane dans le récit. Si tout commence par la route, celle-ci accompagne le spectateur tout au long de son périple, été comme hiver, jour et nuit. La route est physiquement le dernier lien que ces paysans ont avec le monde, leur mode de vie n’étant pas compatible avec une société qui voit tout en trop grand.
Depardon rend un hommage éblouissant à cette vie recluse, cette vie qui au final ne mène plus nulle part. Lorsque Marcel avoue qu’il ne peut plus sortir ses chèvres, on assiste à un vrai moment d’émotion comme rarement au cinéma ; « C’est la fin. » affirme-t-il. La fin d’un rêve, la fin de toute espérance. « Un agriculteur ça ne servira bientôt plus à rien » glisse une mère à son fils, comme pour achever ses désirs d’enfant.
Depardon parvient, dans son film, à la quintessence du cinéma, une œuvre d’une puissance et d’une simplicité extrêmes. A voir de toute urgence. »