






« Réalisateur de Va, vis et deviens et du film Le Concert, Radu Mihaileanu concourt cette année pour la Palme d'Or avec La source des femmes. Soit l'histoire d'un groupe de femmes qui, dans un petit village reculé du Maghreb, vont décider de s'émanciper et de se révolter contre le machisme ambiant. Principal symptôme de cette société phallocrate est de laisser les femmes aller chercher l'eau au puits pendant que les hommes boivent eux tranquillement du thé et jouent aux cartes sur les terrasses. Afin de les convaincre d'échanger les rôles et d'interrompre cette oisiveté de pachas, elles choisissent alors de faire la « grève de l'amour », à savoir plus de sexe tant que les choses ne changent pas. Et aucune négociation ne semble envisageable, ce qui n'est (vraiment) pas du goût de tous...
La source des femmes aborde ainsi un sujet honorable qu'il est évidemment difficile de critiquer tant il paraît légitime et nécessaire, en ce début de siècle, de montrer et donner la voix à cet islam éclairé et modéré. Le problème que peut ce film va donc moins se situer du côté du sujet que de son traitement. Franchement manichéen, le cinéaste passe son temps à opposer les vieux vs les jeunes, les traditions vs la modernité, le féminisme vs le machisme, ou encore les femmes vs les hommes. D'un côté, des femmes affranchies, qui ont le désir de conquérir leur liberté. Aux antipodes, les hommes présentés comme des créatures sans cerveau et avides de sexe (à part bien sûr le petit ami, professeur, de l'héroïne). Il serait trop long ici de faire la liste des stéréotypes et des facilités narratives dont fait preuve ce dernier long-métrage de Radu Mihaileanu. Et ajouté à cela, on regrette infiniment la manière de sur-expliciter les situations, cette volonté quasi maladive de vouloir toujours tout expliquer, souligner, comme par crainte qu'on ne comprenne pas vraiment les enjeux. Les longueurs sont du coup inévitables et contribuent à gâcher l'ensemble. Enfin, il s'agit de noter l'absence quasi totale de qualités cinématographiques. Ce n'est pas que l'humeur est à la rosserie gratuite, mais force est de constater qu'aucune audace ou risque n'est pris dans les plans, les cadres ou les mouvements. Le style est tout bonnement plat, pour ne pas dire absent.
En somme, excepté pour son sujet ou la nostalgie du bled qu'il pourra évoquer pour certains, ce film-là n'a, selon nous, tout simplement pas sa place en Compétition Officielle à Cannes. Le politiquement correct l'a remporté sur ce coup et on se retrouve le nez en plein dans la discrimination positive. Rien de moins. N'en déplaise aux actrices à la prestation pleine de vie (on relèvera le charme mêlé de férocité de la ravissante et indocile Leïla Bekhti), la beauté de leurs costumes, leurs chants, et la joie affirmée et manifeste d'interpréter ces personnages. Cela ne suffit toutefois pas à compenser la pauvreté cinématographique et la forme naïve, candide et téléphonée que le réalisateur a choisi de donner à son récit. »