






« La réflexion de Schopenhauer, selon laquelle la vie oscille sans cesse comme un pendule de la souffrance, causée par le désir, à l'ennui, est au coeur de l'oeuvre de Michel Houellebecq. Ce dernier, fervent lecteur du philosophe allemand, reconnait cet héritage et se l'approprie en adaptant ce constat pessimiste sur l'existence humaine à la situation de l'homme dans la société d'aujourd'hui. Mais plus encore, Houellebecq parvient aussi, à partir de ces lectures schopenhaueriennes, à développer dans ses livres un cynisme lucide et un humour dont ses lecteurs sont friands.
Passé à présent derrière la caméra le temps d'un long-métrage, pour l'adaptation de son dernier livre, Houellebecq n'offre plus rien de tout cela à son désormais spectateur. Ce dépouillement révèle en même temps un réel travail d'adaptation qui ne se satisfait pas seulement d'illustrer un livre par des images. Au contraire, donc, un effort réel a été fait pour que l'on y retrouve une certaine idée du cinéma, de ce que c'est, pour lui, que de faire un film.
Et qu'est-ce alors qu'un long-métrage de Michel Houellebecq? C'est un film au rythme plutôt lent, très contemplatif, avec une importance particulière accordée aux décors et aux ambiances sonores. On peut dire, en effet, qu'il y a là bel et bien une singularité artistique qui se montre – et de belle façon. Intéressante, ne choisissant pas toujours la facilité et faisant preuve de partis pris et d'originalité.
Néanmoins, l'affirmation d'un style ne suffit pas pour autant à faire un bon film, il faut encore une histoire. Or celle-ci est courte, si courte et si banale par endroits qu'il n'y en a peut-être pas et qu'il faudrait alors considérer plutôt le film dans son propos: film d'anticipation, Houellebecq met en scène le futur désespérant vers lequel on court, puis l'espoir éventuel « après la fin ». Ce qui lui importe, c'est ça. Le reste est pour ainsi dire secondaire. A tel point que les acteurs sont quasi inexistants – non pas qu'ils manqueraient de consistance ou de talent, mais l'atmosphère dans laquelle ils sont pris les domine tout à fait.
Cinéma expressionniste diront ceux-ci, cinéma qui oublie de mettre en scène, tout occupé qu'il est à « penser » diront ceux-là. Cinéma, en tout cas, qui raconte peu, qui ne se gargarise pas de dialogues et qui circule pendant 1h30 autour d'une seule thématique générale. Il décevra à coup sûr certains, mais en réjouira d'autres.
A l'image de ses livres, Houellebecq risque là encore de créer la polémique. Déjà des voix s'élèvent: d'un côté ceux qui crient à l'imposture intellectuelle, à une certaine platitude, voire à la facilité. De l'autre ceux qui voient en ce film de la subtilité, une sensibilité hypertrophiée, une lucidité fulgurante et une absence de compromis. »